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lundi 3 octobre 2016 - Gazag

Europe Under Attack Tour

La Maroquinerie - Paris

Gazag

Suite à un problème d’agenda, la date parisienne de l’Europe Under Attack Tour, initialement prévue à la Machine du Moulin Rouge, a été transférée à la Maroquinerie. Vus l’année dernière au Fall Of Summer, Destruction va ce soir jouer dans une salle, déjà, mais surtout en face d’un public plus intimiste. Et pour cause, la Maroquinerie ne peut contenir que 400-500 personnes. Si en plus on prend en compte que le groupe défend cette fois un nouvel album : Under Attack, c’est un changement total de contexte qui nous est proposé ce dimanche. Résumé de cette soirée, avec les participations de Flotsam And Jetsam, Enforcer et Nervosa.

NERVOSA

 

Horaire prévu : 18h30. Ouverture des portes : 19h30. On sent que le public est un peu énervé d’avoir attendu une heure dehors. Nervosa débarque et va leur donner une bonne raison de se lâcher. Le groupe remplit parfaitement son rôle de première partie : les filles ont la méga patate et ça Thrash vite. Certes il manque ce grain d’originalité pour vraiment se laisser prendre au jeu, mais servis par un son parfait, les morceaux fonctionnent super bien ! La première partie du concert est dédiée au dernier bambin, Agony, alors que la seconde se concentre sur les débuts. 

Le public réagit au quart de tour et scande rapidement le nom du groupe entre les morceaux. Deux trois slams et un semblant de mosh pit annoncent du bon pour la suite. Du côté de la scène, la frontman est bien en voix et n’hésitera pas à exécuter tous les moves requis : le grand écart pendant les solos, les rires démoniaques et les gros yeux durant le chant. Globalement on est devant un concert qui ne pique pas les oreilles, est généreux et plein d’énergie. On finit sur Into Mosh Pit, permettant à la foule de scander le refrain, avant de laisser le merch de Nervosa se prendre une bonne claque à la fin du concert. Une bonne entrée en matière.

Hypocrisy
Arrogance
Death
Intolerence Means War
Masked Betrayer
Hostages
Into Mosh Pit

 

ENFORCER

 

C'est à Enforcer de prendre la suite, dont la mission est de maintenir la pression. Connaissant leur disco solide et bien ancrée dans les 80’s, j’attends une prestation ultra démonstrative de la part du groupe. Et nom de diou, je n’ai pas été déçu. 

Dès le premier coup de médiator, les musiciens portent énergiquement leur musique. Et que ça fait des grimaces, que ça prend des poses suggestives, que ça bat le rythme avec la tête et avec le pied ! On est directement renvoyés deux décennies en arrière. Après, les slims en cuir, le crayon noir sous les yeux et les tatouages douteux facilitent le bond dans le passé.

Le début du concert met en avant From Beyond, dernier skeud des Suédois sorti l’année dernière. Destroyer et Undying Evil sont une très bonne entrée en matière, mais From Beyond fait un peu retomber le soufflet. Pas de soucis, Live For The Night arrive juste à temps pour remettre les pendules à l’heure, vitesse lumière ! Rien à redire sur le son, c’est tip top. Dans la fosse, ça chahute moins que précédemment, style oblige, mais ça n'empêche pas au public d’être bien présent, notamment sur la reprise de Misfits I Turned Into Martian où il peut donner de la voix. Une occasion également de noter que les coeurs (chantés même par le batteur) sont bien audibles et ne sont pas noyés au second plan. 

 

Below The Slumber, la ballade de rigueur, permet de souffler un peu, avant un final sur Take Me Out of This Nightmare / Midnight Vice, deux titres fédérateurs qui remontent à bloc la fosse. Les guitaristes, pas fatigués pour un sou, continuent de plaquer leur instrument sur leur torse pour passer derrière leur collègue. Ils pointent alors leur manche vers la foule, et ajoutent les derniers riffs Heavy à ce concert plus que réussi. Le public remercie chaleureusement le groupe, et ils le méritent. Avec une énergie débridée, Enforcer sublime sa musique Over The Top, pour un résultat qui force le respect. Super prestation, on se revoit quand vous voulez.

Destroyer
Undying Evil
From Beyond
Live For The Night
I Turned Into A Martian (cover de Misfits)
Below The Slumber
Hell Will Follow
Take Me Out of This Nightmare
Midnight Vice

 

FLOTSAM AND JETSAM

 

Entre le bon taquet reçu par Enforcer juste avant et l’attente, plus mesurée, que j’ai pour ce show, difficile pour Flotsam And Jetsam de prendre la suite. Les vétérans Américains défendent ce soir leur album éponyme … sorti cette année, et dont le premier titre Seventh Seal est envoyé en pâture à la fosse.

Et va savoir pourquoi, ça ne prend pas. Dreams Of Death, le second morceau, a pourtant des arguments pour séduire : la vitesse, de bons mid-tempo et une petite dimension épique. Alors oui, le son est moins bon (la basse est un peu noyée) mais ça ne peut pas être seulement ça. Le morceau suivant, Hammerhead, me donne la vraie réponse : c’est le jeu de scène qui pose problème. En premier lieu, il faut reconnaître que les musiciens sont assez statiques et communiquent peu avec le public. Ensuite, les interludes entre les morceaux sont un peu longuets. Exemple concret : un des gratteux se barre de la scène entre deux titres pour aller au merch, sans raison. Le batteur prend alors ses responsabilités et occupe la foule avec un solo improvisé pas vilain, c’est vrai, mais le mal est fait : ça casse le flow du concert. 

Enfin, et là on va parler d’une pratique qui s’applique certes au frontman de ce soir, mais qui vaut aussi pour les autres : le récurrent problème - quand on est chanteur - de meubler sur scène quand on ne chante pas. Plusieurs choix s’offrent à vous : Faire le pitre comme Trevor, le frontman de The Black Dahlia Murder, se déquiser quand on s’appelle Bruce Dickinson, ou encore haranguer la foule sans arrêt quand on est Powerwolf. Très bien. Mais on ne peut en aucun cas faire de l’air-guitar, et encore moins de l’air-drum. C’est tentant, d’accord, mais ça casse tout le propos et nous fait sortir de la musique. On se demande si le chanteur n’a pas raté sa vocation, au passage. Ainsi, malgré une prestation vocale solide, mister Eric A.K. dessert la musique de son groupe en exécutant les mêmes riffs et descentes de fûts que ses collègues, les instruments en moins. 

La foule honore respectueusement chaque morceau par de francs applaudissements, se bouge un tantinet le popotin, mais redescend globalement en température. Bon, vous l’aurez compris, le concert a du gros plomb dans l’aile. Même si Desecrator et No Place for Disgrace sont de bons morceaux, qui ont failli me remettre le pied à l’étrier, ce concert m’a échappé. A revoir, parce qu’on n’est pas fâché et que je suis prêt à retenter ma chance.

Seventh Seal
Dreams Of Death
Hammerhead
Monkey Wrench
Desecrator
Life Is A Mess
No Place for Disgrace

 

DESTRUCTION

 

Il est temps à présent de clore cette soirée de l’Europe Under Attack Tour par les patrons de Destruction. Comme souligné dans l’introduction de ce papier, exit la plage et la grande scène du Fall Of Summer, place à la petite salle de la Maroquinerie. On s’étonne d’ailleurs qu’elle ne soit pas blindée de monde pour un groupe d’une telle renommée. A peine est-on obligé de dire “pardon” pour passer. Peut-être est-ce parce qu’on est dimanche. Peut-être que Destruction ne remplit pas autant les salles que je me l’imaginais.

Les Allemands s’emparent de la scène, font deux trois coucous, et balancent Under Attack, title track de leur nouvel album. Dès les premiers riffs, la foule commence à se chamailler et à se donner au groupe. Le son est bon, encore une fois. Quelques reverbs en fin de set, et une voix avec trop d’écho, mais rien de bien méchant. Destruction connait son affaire : pas besoin de sauter dans tous les sens, non. On reste les pieds au plancher, et on assassine le public en dilapidant des riffs incisifs vitesse grand V. Juste avant Nailed To The Cross, le bon Schmier demande à la fosse si la salle est praticable, en prévision du mosh à venir. Et qui a bien lieu, en dépit des marches et autres barrières qui entourent la salle. On aurait quand même trouvé meilleur terrain de jeu. Sur les balcons et près de la sono, on reste en revanche assez statique, en hochant la tête en rythme. 

 

La suite du set file à toute vitesse. Mad Butcher, Dethroned, Life Without Sense et Total Desaster sont enchaînés quasiment sans temps mort. Parfois même on tient le riff de fin de la précédente pour créer une transition sur la suivante. C’est malin et ça marche très bien avec le Thrash : l’intensité reste élevée et permet de créer cet effet "char d’assaut" propre aux tauliers du genre.

On arrive en milieu de concert, les cervicales bien amochées, mais sans avoir été vraiment surpris. Et c’est précisément à cet instant que le groupe va sortir de son chapeau la triplette de l’impossible : Thrash Attack / Invisible Force / Black Death. Trois supers pistes du bon vieux Infernal Overkill, dont Black Death (!) qui est jouée pour la première fois en live. Assurément, on ne pouvait pas prévoir pareille surprise. Pour la petite histoire, le groupe s’est même viandé sur le début du morceau, obligeant Schmier à discuter avec ses camarades pour se rappeler de la compo. "They don’t even know how to play the song !"

Juste après cette partie nostalgique, le groupe file des bières au premier rang, avant de jouer le second tube d’Under Attack : Second To None. Le riff principal est bien piquant, mais le mid-tempo ne casse pas des briques. On s’amusera plus sur les paroles, qui dénoncent les méchants trolls des Internets. La fin du set approche, déjà. Destruction est informé qu’il doit quitter la scène dans dix minutes. Les Allemands balancent Fuck you à la Maroquinerie et envoient The Butcher Strikes Back, où les samples de tronçonneuse s’insèrent parfaitement dans le contexte. 

Cependant, même si le groupe n’est pas content, il va devoir respecter la loi et faire des coupes dans son concert. Ainsi, adieu l’interlude ridicule où le groupe fait genre de partir avant de revenir jouer un rappel avec Bestial Invasion dedans. Ca, c’est le bon point. Le mauvais point, c’est la suppression pure et simple d’Eternel Ban de la setlist. Les boules, quand on sait qu’Eternal Devastation fête ses 30 ans cette année. Ainsi Thrash Till Death et Bestial Invasion ferment la marche. Tout va très vite ensuite, merci Paris merci, les spectateurs cassez-vous et on ferme la boutique hop hop. On se retrouve dans la rue, un peu sonné.

 

Ma principale attente de la soirée concernait la setlist de Destruction. Comme on pouvait s’en douter, les éternelles Curse The Gods, Nailed To The Cross et autres Total Disaster sont restées indéboulonnables. Je m’attendais surtout à un set plus long qu’au Fall Of Summer pour entendre des surprises. Finalement, on plus ou moins eu droit au même set solide que l’année dernière, avec deux petits plus ! Le premier est l’ajout des 4 nouveaux morceaux tirés d’Under Attack, OK. L’autre, beaucoup moins prévisible, est l’hommage rendu à Infernal Overkill, premier effort des Allemands. Rendez-vous compte : un tiers du set était consacré à ce super skeud qui tape les 31 piges maintenant. Si on ajoute Black Death jouée pour la première fois en live, on peut dire que la setlist, mais également le show en lui même, ont tenu toutes leurs promesses. 

Under Attack
Curse the Gods
Pathogenic
Nailed to the Cross
Mad Butcher
Dethroned
Life Without Sense
Total Desaster
Thrash Attack
Black Death
Invincible Force
Second to None
The Butcher Strikes Back
Thrash Till Death
Eternal Ban
/ ! \ Non jouée, faute de temps.
Bestial Invasion

Bien que Destruction peine à se renouveler en studio, il n’en reste pas moins un fier combattant sur scène. C’est le gars qui te fait la même botte secrète à chaque combat, et que tu ne sais pas comment parer à chaque combat, et qui te fait bien mal à chaque combat. Et ça fait déjà trois décennies que ça dure. Merci aux ouvreurs de la soirée : Flotsam And Jestsam, Enforcer et Nervosa. Avec une mention spéciale pour Enforcer, qui n’était pas forcément aidé au milieu de tout ce Thrash, mais qui s’en est sorti haut la main ! Enfin, merci à Cartel Concerts pour l’organisation et à la Maroquinerie pour la reprise de cette date.

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