Chronique Retour

Livre

18/09/16 - Pamalach

Del James

Le langage de la peur : Quinze nuances de sang

LabelCamion Noir
styleRecueil de nouvelles
formatAlbum
paysUSA
sortieseptembre 2016
La note de
Pamalach
7/10


Pamalach

"Les vrais savent, les vrais font".

Pour la plupart des chevelus qui ont déjà entendu parler de Del James, il reste avant tout le barbu qui ouvrait la vidéo du Making of de "November Rain" d'une voix calme et posée. A cette époque biographe officiel du groupe, Del James y expliquait son rôle et sa place dans la "mafia" Guns n' Roses, des débuts cradingues du groupe à la bien nommée "Hellhouse" jusqu'aux palaces luxueux des plus grands hôtels Hilton. Nous découvrions à l'époque comment sa nouvelle "Without you" avait été inspirée par la relation d'Axl Rose avec sa première femme Erin Everly et comment Axl s'était ensuite inspiré de cette même chanson pour écrire les couplets de la chanson "Estranged". C’était il y a plus de 20 ans, et pour ceux qui n’ont pas oublié, voici que sort la version française du fameux recueil de Del James « Le langage de la peur ». Mieux vaut tard que jamais n’est-ce pas ?

De l’eau à évidemment coulé sous les ponts depuis l’époque des « Use Your Illusions » et la plupart des fans de l’époque n’en ont plus grand-chose à faire de savoir ce que raconte Del James dans ses histoires d'horreur/épouvante. Reste les vrais (ils savent…) et les jeunes curieux désireux d’avoir quelques clés de compréhension supplémentaires relatives à l’univers des Guns. Car évidemment, l’intérêt de ce livre est avant tout lié à GNR, les talents d’écritures de Del James, même si ils restent très corrects, ne lui auraient certainement pas permis de s’extirper de la masse grouillante des auteurs sévissant dans le mème registre. Parallèlement à l’écriture (mais bien après les années fastes du groupe) Del James est aussi devenu Road manager des Guns n' Roses et a, visiblement toujours réussi à entretenir de bonnes relations avec Rose... ce qui n’est pas peu dire au regard du nombre de personnes avec lequel le père Axl s’est fâché. C’est d’ailleurs le rouquin marteau lui-même qui préface le livre, louant plus qu’à son tour les qualités humaines de son ami et ses capacités à écrire des nouvelles déjantées bien sombres. On y apprend aussi combien les deux hommes se sont mutuellement influencés dans leurs travaux respectifs et combien l’inspiration des nouvelles sont liées à leur passé commun et donc à une sorte de « proto GNR », celui qui était dangereux et tapi dans l’ombre de ruelles où il ne faisait pas toujours bon se balader. Ça a au moins le mérite de contraster avec ce que le groupe montre à l’heure actuelle.

Si vous êtes plutôt amateurs de littérature horrifique, vous n’allez pas trouver dans ces nouvelles quelque chose qui va vous faire claquer des os et pisser dans votre froc. Relativement balisées, les histoires ont un décorum américain plutôt classique (des bas-fonds de L.A aux inquiétantes forêts touffues des régions montagneuses), une narration et des dialogues influencés par l’univers cinématographique et un fond culturel très influencé par l’univers Rock n’roll dans lequel a baigné l’auteur. Si plusieurs histoires ne suscitent pas un intérêt flamboyant, d’autres creusent des idées plus intéressantes en se noyant dans une noirceur perverse qui peut parfois étonner par sa crudité. Si les thèmes Sex/drugs/rock n’roll sont évoqués de manière appuyée, Del James arrive aussi à dépeindre une certaine superficialité sociétale en égratignant les valeurs américaines. C’est là que son travail devient intéressant car si il défend une certaine mythologie libertaire liée au rock n’roll, il n’oublie pas d’en montrer les travers et les failles dans lesquels de nombreux artistes se sont joyeusement engouffrés et perdus. La figure de la rock star apparaît donc moins romanesque que dans ce qu’Axl Rose voulait faire passer dans certains de ses clips et en dépeignant les addictions, la dépression, l’angoisse et la violence, James dessine des personnages dans lequel on devine les musiciens de GNR période « Fucked up ».

Cependant, Del James ne décrit pas dans « Whihout You » un personnage aussi toxique que ce qu’Axl pouvait être décrit dans de nombreux commentaires des musiciens de l’époque (exemple non exhaustif, Mike Patton, James Hetfield, Bruce Dickison et tant d’autres y sont allés de leur anecdote personnelle sur les comportements fantasques d’Axl). En ce sens, « Without you » est beaucoup plus policé que ce à quoi je m’attendais et si le personnage apparaît comme un brin dégénéré, il est loin d’arriver à la cheville de Rose niveau araignée au plafond. On se retrouve donc un peu avec la version « vitrine » avec juste ce qu’il faut de provocation et de remue-ménage pour ne pas faire passer le musicien pour un connard intégral. Ne manquons pas aussi de souligner que l’époque à bien changé depuis les 90’s, et que si certaines nouvelles ne souffrent pas de ce décalage des années, d’autres apparaîssent plus clairement cimentées dans une époque clairement datée. « The language of fear » ramène donc à un univers qui fera écho aux fans de GNR quand il pourra faire office de divertissement à ceux qui ignorent tout du groupe... et de Mister Del James. Plaisant à lire, le livre affiche ses influences au travers des ombres de Stephen King ou de Lester Banks, son propos agréable et immédiat coulant comme un bon petit Bourbon du pays.