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Album

19/08/16 - ZSK

Neolunar

Neolunar

LabelAutoproduction
styleElectro avant-gardiste
formatAlbum
paysHongrie / Ecosse
sortiejuillet 2016
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

2016 sera-t-elle l’année de Tamás Kátai ? L’artiste hongrois, connu bien évidemment pour son projet « principal » Thy Catafalque, fait montre d’une productivité insoupçonnée cette année, en une poignée de mois d’ailleurs. Alors que nous avons eu la surprise d’apprendre que le successeur de Sgùrr, Meta, sortira en septembre prochain soit seulement 11 mois (tout pile) après son prédécesseur, Tamás Kátai fait vivre d’autres projets. On peut supposer que le temps écoulé entre Rengeteg et Sgùrr de Thy Catafalque - quatre ans - a été utilisé à bon escient. Tout d’abord par le biais d’un second album solo sous son nom Kátai Tamás, Slower Structures, sorti en mai dernier, 10 ans après Erika Szobája. Et ensuite par le biais d’un projet tout neuf dont il est question aujourd’hui, Neolunar. Il s’agit également d’un projet solo, où Tamás est accompagné d’invités (dont le violoniste Dimitris Papageorgiou qui est un fidèle des albums du hongrois depuis l’an dernier), comme pour Slower Structures. Alors pourquoi Neolunar n’a-t-il pas tout simplement été présenté comme le troisième album solo de Kátai Tamás ? La réponse paraît toute simple, parce que Neolunar va se démarquer un peu du projet Kátai Tamás dont la musique est essentiellement et même purement ambiante. Mieux, Tamás va ici se servir de la musique de son projet solo et de celle de Thy Catafalque pour faire quelque chose de neuf, quelque chose de typique de l’univers musical du hongrois certes, mais quelque chose de rafraîchissant, qui s’éloigne clairement du Metal pour mettre en valeur les autres facettes que Tamás a déjà montré avec Thy Catafalque depuis Tűnő Idő Tárlat.

Il ne va donc pas réellement être question de Metal ici, voire pas du tout d’ailleurs. Mais les amateurs de Thy Catafalque reconnaîtront les sonorités typiques et y adhèreront sans mal. Quitte à donc faire l’impasse sur la composante Black-Metal qui s’était pourtant un peu mise en retrait sur les dernières sorties de Thy Catafalque - même si Sgùrr sonnait presque comme un retour aux sources. Neolunar est décrit comme mêlant electronica, rétro-futurisme, darkwave, jazz noir et pop. Ce qui peut paraître déroutant prend pourtant une essence très simple dès que l’on écoute la première minute de "Neolunar Architecture". On retrouve d’emblée les sonorités de synthé si chères à Thy Catafalque, et qui ont fait le charme du groupe hongrois depuis plus de 10 ans. Grossièrement, on peut même résumer Neolunar à une collection de morceaux transitifs et épurés de Thy Catafalque, comme "Holdkomp" ou encore "Alföldi Kozmosz", bien que finalement ça sera un petit peu plus que ça. Tout l’art de Thy Catafalque y est finalement, amputé du Black-Metal (riffs et voix et boîte à rythmes qui dépote) et du côté Folk, au profit de l’aspect électronique forcément renforcé, et de la vibe avant-gardiste qui est toujours présente, et même si Neolunar ne surprendra pas ceux qui connaissent bien l’art de Tamás Kátai, il est toujours unique en son genre et 100% personnel. On retrouve même l’esprit le plus original et astral de Tűnő Idő Tárlat, dans une version plus moderne et plus simplifiée, pour un album de 41 minutes frais, entraînant et facile à digérer malgré la complexité et l’étrangeté apparente.

Après l’intro "Through Immense Halls of Sleep", difficile de ne pas se laisser envoûter par les mélodies cosmiques de "Neolunar Architecture" qui démarre Neolunar sur les chapeaux de roue. Tamás Kátai s’autorise même un chant clair très sincère et prenant, là aussi dans un style original et personnel. Les symphonies Thy Catafalquesques ou plutôt Tamás Kátaiesques s’enchaînent avec notamment le très dansant mais aussi atmosphérique "Avenues (The Way We Leave)", on retrouve le touché stellaire et même féérique de Thy Catafalque pour le classieux "Reading Room Rendezvous", et un morceau comme "München - Hamburg" avec ses spoken-words « enregistrés » n’aurait pas fait tâche sur Róka Hasa Rádió ou Rengeteg. Neolunar marche donc sur les plates-bandes de Thy Catafalque à chaque instant mais des petites aspérités sont tout de même au rendez-vous : "A Város - The City" reste émaillé de sonorités typiques mais la trame est plus jazzy (notamment au niveau de la batterie), avec un chant en hongrois. Les mélodies habituelles du hongrois restent aussi dans le fonds de commerce, et sur cette base "Haar" est un des morceaux les plus remarquables de Neolunar, plus épique et enlevé grâce à un chant quasi-postpunk, et c’est la seule fois que des grattes saturées feront leur apparition. S’ensuit "Sand Into Wave", premier single dévoilé et tube de cet album, avec de belles lignes de basse, toujours ces mélodies enivrantes et des lignes de chant bien menées (le refrain est un régal) qui rendent le tout accrocheur comme jamais, un tout prolongé par "Stations" qui reprend la trame mélodique du hit de Neolunar avec un violon très touchant.

Des émotions, il y en a sur cet album qui se clôt par le plus ambiant "Blue Swans", épicé par de douces parties de saxophone. Une belle réussite, qui comme Slower Structures semble inspirée par la ville d’Edimbourg (Ecosse) où Tamás Kátai réside depuis quelques années. Mais si Slower Structures était un peu ennuyeux, Neolunar, qui dévoile sa richesse écoutes après écoutes, est bien plus vivant et dynamique même si le but reste le même, installer une ambiance. Une ambiance d’un autre monde pour Neolunar, forcément lunaire de par les oripeaux électroniques si chers à Thy Catafalque, mais aussi terrestre de par les apports pop/jazz bien intégrés. Certes, on reste dans l’univers musical résolument avant-gardiste de Thy Catafalque sans énormes plus-values autres que la disparition de la composante « extrême » et Folk, mais Neolunar est tout de même plus qu’une collection d’« interludes pour Thy Catafalque », il n’est d’ailleurs même pas question d’instrumentaux vu que la plupart des morceaux comportent du chant, bien différent de celui de Thy Catafalque d’ailleurs (et même des chanteurs clairs invités comme Attila Bakos). Neolunar est forcément destiné aux fans de Thy Catafalque, et si ce premier album éponyme nous fait avant tout patienter avant la parution de Meta qui va arriver bien vite, il montre encore une fois tout le talent de Tamás Kátai et surtout l’originalité de ses projets, que ça soit avec ou sans Metal. Un excellent album de « non-Metal Thy Catafalque » si l’on veut être grossier et simpliste, mais finalement, on en attendait pas moins. Et on ne peut que s’incliner devant tant de classe et de pureté !

 

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Tracklist de Neolunar :

1. Through Immense Halls of Sleep (1:55)
2. Neolunar Architecture (4:17)
3. Avenues (The Way We Leave) (5:12)
4. Reading Room Rendezvous (3:25)
5. A Város / The City (4:47)
6. München - Hamburg (3:56)
7. Haar (3:25)
8. Sand Into Wave (4:18)
9. Stations (3:34)
10. Blue Swans (6:30)