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Album

10 mars 2016 - DarkMorue

Mechina

Progenitor

LabelNon.
styleMass Effect Metal
formatAlbum
paysUSA
sortiejanvier 2015
La note de
DarkMorue
9/10


DarkMorue

Un mec qui écrit des trucs.

Mechina, c'est quand même un peu plus que de la musique. Ok, dit comme ça on dirait une pub pour du shampoing ou une voiture, mais eh, restez, ils nous ont pas payés, je dis ça de mon plein gré de fanboy. Mais faut l'avouer, c'est un peu le groupe dont tous les fans de Star Wars et de Mass Effect ou Metroid (coucou moi) ont toujours rêvé. Le machin ultra ambitieux et spatial qui étale son concept de Space Opéra sur toute une discographie. Genre comme a pu le faire Ayreon, mais sans plonger dans les abîmes pathos d'une histoire un minimum sensible propre au Prog, s'axant plutôt simplement sur de la baston, des lasers, des explosions et des mondes rêvés. Parce que le groupe a beau avoir démarré avec un album et EP plutôt banals dans les années 2000, "Conqueror" a démarré une sacré histoire de SF en 2011, portant la formation vers de nouveaux cieux et une hyperactivité assez inouïe (un album + un single de 15-20min par an minimum). Tellement que je vais devoir sauter une ligne parce que si je raconte tout maintenant on va croire que j'ai écrit un énorme pavé illisible et tout le monde va zapper la chronique et se concentrer sur la note. Avouez que ce serait dommage.

Du coup, "Conqueror" a amorcé une saga épique comme on aimerait en voir davantage dans le milieu de la musique. Établissant les bases d'un univers, basé sur des guerres de religions, des vaisseaux de la taille de villes, de cryostase et autres univers rêvés à la Matrix, le groupe a, à partir de là, enchaîné les sorties, balançant des albums à la pelle et sortant systématiquement un single entre chaque afin de faire avancer le scénario. On se retrouve ainsi avec une histoire s'étendant de "Conqueror" à "Xenon", puis par la suite un préquel façon Star Wars comprenant des singles et deux albums, dont celui qui nous intéresse ici et termine cette prélogie et dont on espère la suite un brin meilleure scénaristiquement que ce foutage de gueule qu'est The Force Awakens. Dites-vous, pour poser le niveau, qu'un Wiki complet a été créé juste pour décrire l'univers et les péripéties. Voilà, vous êtes également à genoux. Et pour parler de la musique, on va dire qu'on a affaire à un enfant de Kalisia qui aurait eu des ambitions à la baisse et une furieuse envie de casser des gueules, ce qui nous fait une musique à la croisée des chemins d'un Fear Factory et d'un Fleshgod Apocalypse, le tout propulsé dans l'espace et étant fan de The Monolith Deathcult. Si vous accrochez à ce name dropping, vous pouvez foncer.

On connaît maintenant le genre. L'epicness absolue. Un gros Death mélo aux consonances Indus qui se donne à fond sur des orchestrations majestueuses, où ça en fait cinq fois trop constamment mais où on s'en branle, on évolue en plein Space Opéra, on en fout partout et on rempli le spectre sonore jusqu'à faire baigner les dents du fond et on aime ça. On était surtout habitués à une hausse qualitative progressive. Si "Empyrean" reste l'opus que j'aime le moins, "Xenon" montait carrément le niveau de jeu et "Acheron" s'imposait comme leur œuvre la plus réussie en 2015, ses quelques 15min introductives plongeant dans le bain d'un album mature et plus lumineux que les précédents (à voir le scénario). Et je ne dirais rien sur les singles sortis entre temps à part que celui de 2014 est juste un des morceaux les plus épiques et poignants que j'ai entendus de ma vie, donnant envie de partir à la conquête de l'espace casser des météorites comme jamais. Et du coup, cet album complètement bleu parle cette fois des humains ayant quitté leur planète suite à son implosion, et de la terraformation d'une nouvelle Terre pour la survie de l'espèce. Moins positif et aérien que le précédent, plus physique, et tout aussi beau.

On démarre tranquillement, intro comme à leur habitude, et on se retrouve en terrain connu. Toujours cette ambiance bleue, stellaire, cinématographique. Mais cette fois on se fait plus mélodique que jamais et ce grâce à la doublette centrale. Car on a beau démarrer avec un "Ashes of Old Earth" des plus classiques pour le groupe, c'est véritablement avec le hit cosmique qu'est "Starscape" que les choses deviennent sérieuses, ses multiples plans ayant de quoi se graver dans votre crâne à jamais. Mais c'est pour ses pistes 4 et 5 que "Progenitor" tire son épingle du jeu et va encore plus loin que ses prédécesseurs dans la mélodie et la transe. Parce qu'entièrement chantés par Mel Rose, superbe chanteuse déjà passée par là, qui métamorphose totalement les sonorités et en fait quelque chose de plus atmosphérique et juste... Beau. Purée "Cryoshock". Pour un morceau parlant de carnage parmi des personnes gelées, ce que c'est planant. Sorte de morceau de Djent saccadant sa race avec une chanteuse perdue entre plusieurs nébuleuses, avec un refrain gravé dans le crâne à jamais. Toujours pile au point de rupture, on flotte dans le vide sidéral dans les bras d'une déesse et on se laisse porter comme jamais. Chose que "The Horizon Effect" tente de continuer mais un peu moins bien, se faisant un peu plus poussive et répétitive malgré d'énormes qualités et des paroles enivrantes.

Mais hein, Mechina, de base, ça reste pas ça. C'est bien beau mais il est où le Mélodeath qui Djente sa mère dans les étoiles là oh ? Le reste de l'album est à l'avenant et toujours aussi efficace. Toujours ces grosses guitares de space opéra boostées aux orchestrations synthétiques qui nous en foutent toujours plein la gueule, ce chant très typé Mélodeath épique (sorte de Dark Tranquility exalté qui lèverait le poing vers les supernovas au lieu de nous susurrer nos sentiments à l'oreille) couplé à un chant clair ultra filtré qui fera forcément des allergiques, bref, ceux qui aimaient déjà pas avant seront toujours pas convaincus, et les nouveaux venus feront mieux de savoir à quoi s'attendre. Après, il suffit d'écouter "Starscape" pour trancher tant ce morceau à lui seul représente l'essence de tout ce qui fait le groupe et son concept. Par contre, on note la présence de "Planetfall", qui se fait beaucoup plus carnassier et comporte ce qui est genre... L'unique solo de guitare de l'histoire du groupe. Et est réalisé par un guitariste venant juste de rejoindre rien de moins que Vital Remains, donc hein. Pas des petites météorites moi je vous dis.

Donc, qu'on se le dise. Mechina n'a rien changé à sa soupe. C'est toujours ce sale gosse qui voit les choses en grand, qui met toutes ses ambitions à la hauteur de son scénario et humilie en long et en large nos chers Fear Factory sur leur propre terrain en livrant une version cinématographique et autrement plus ambitieuse de ce qu'ils font. On se retrouve ici en face d'un de leurs opus les plus aboutis, mêlant escapades dans une autre dimension ("Anagenesis" et aussi surtout cette merveille qu'est "Cryoshock") avec batailles spatiales enlevées et fédératrices (le dernier titre éponyme qui semble autant unir une planète entière qu'un certain "Z2"). Aussi, si je fais péter une grosse note, ce n'est pas tant pour cet album que pour l'entité intégrale qu'est Mechina et leur discographie qui forme désormais une œuvre complète et cohérente. Oui, écoutez "Progenitor". Mais surtout, plongez vous dans cet univers bleuté, bouffez-vous "Xenon" et "Acheron", plongez vous dans les singles de 15min, immergez-vous de leur univers via les albums précédents et ressortez transformés du voyage, partez voyager aux confins d'une galaxie que John Williams aurait mis en musique avec de grosses guitares, juste pour vous. Et tout ça totalement fait maison, distribué main et sans label, pour vous dire l'ampleur du travail de Titan effectué par ces mecs. Si vous êtes de base fan de SF, vous ne le regretterez pas. Et si vous ne l'êtes pas, ben que dire à part que votre vie doit être bien triste...

Tracklist :

1 – Mass Locked
2 – Ashes of Old Earth
3 – Starscape
4 – Cryoshock
5 – The Horizon Effect
6 – Anagenesis
7 – Planetfall
8 – Progenitor