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Album

18/01/16 - Sleap

Strattson

Ouf Metal

LabelDevil's Records
styleHeavy / Speed Metal
formatAlbum
paysFrance
sortiejuin 1985
La note de
Sleap
7/10


Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Dans le flot ininterrompu de productions cultes parues au cours des années 80, certaines régions du monde semblent avoir eu plus de mal que d'autres à s'imposer durablement en termes de Metal. Mais malgré l'écrasante supériorité des Anglais ou des Américains en la matière, de nombreux pays européens ont tout de même su tirer leur épingle du jeu avec une poignée de groupes marquants. Parmi eux : la France, et en particulier sa scène Heavy Metal francilienne (Trust, Vulcain, Satan Jokers, Blasphème, Sortilège, Warning, etc).

Suivant les pas de toutes ces brillantes formations, quatre musiciens se réunissent fin '81 à Vélizy pour former le groupe Strattson. J.C. (guitare lead / chant), Fred (guitare rythmique), Lionel (basse) et Fabrice (batterie), tous affublés du nom Stratt, finissent par enregistrer en 1983 une démo 8 pistes qui attire un an plus tard l'attention du fameux label parisien Devil's Records (ayant déjà sorti les premiers albums de High Power, Sortilège, Attentat Rock, Vulcain et Der Kaiser !). Le deal se conclut donc par la parution d'un premier full-length en Juin 1985 curieusement intitulé « Ouf Metal ».

Enregistré entre février et mars '85 au studio Le Chien Jaune, ce premier méfait de Strattson bénéficie d'une production encore assez modeste pour l'époque, en particulier au niveau des guitares. Mais le rendu final n'est heureusement pas si crade que ça; cela donne d'ailleurs un charme tout particulier à l'album. Et selon moi, ce mixage ne nuit absolument pas aux compositions du groupe, tant l'assise rythmique est importante chez les frères Stratt. En effet, la recette de Strattson repose avant tout sur la vélocité déployée par Lionel et Fabrice (dit Brisfa !) à la basse et à la batterie. Une déferlante d-beat quasi-constante soutenant des lignes de basse épileptiques sur la plupart des morceaux. Lignes de basse qui sont totalement indépendantes du reste et ne servent pas juste de vulgaire accompagnement aux guitares; et ce même sur les passages plus lents (en témoigne l'intro de Au Cœur du Temps). Il n'y a guère que le titre final Speed Machine qui souffre d'un manque évident de guitares, mais le coté Motörcharged fait relativement bien passer la pilule. Vous l'aurez compris, tout comme pour leurs confrères de ADX, Warning ou H-Bomb, le Heavy Metal de Strattson lorgne beaucoup vers le Speed !

La musique du quatuor reste donc ancrée dans le registre Heavy français, mais avec ce dynamisme supplémentaire conféré par la rythmique et le riffing incisif de J.C. et Fred. Les compositions sont travaillées de manière à faire cohabiter parties catchies et rapides, et moments plus lourds et obsédants (comme, là encore, sur le tube Au Cœur du Temps où le mid-tempo initial laisse place à un final SpeedMetal absolument démentiel). Le groupe va même jusqu'à incorporer des passages typiquement Thrash à ses compositions, comme sur l'intro de Vengeance. Les autres brulots SpeedMetal tels que Face à la Lune ou Le Gladiateur de l'Infini alternent avec des titres plus mid-tempi comme Bourreau ou Ténèbres (dont les refrains mémorables rappellent pas mal les voisins de ADX). L'un des autres éléments caractéristiques de Strattson est son chant. Le timbre de J.C. est assez grave et rugueux pour du Heavy Metal, mais le bougre ne cesse d'incorporer à son chant des sursauts falsetto absolument jouissifs. On se retrouve donc avec des vocaux hybrides, alternant entre un registre baryton dominant et des élans extrêmement aigus (voix de tête) qui confèrent une fulgurance supplémentaire à la musique du groupe. Je rappelle que J.C. s'occupe également de la guitare lead (et en plus il est black), bref : le charisme incarné !

Quelques mots sur la version CD parue en 2003 chez l'incontournable label français Brennus Music. Celle-ci est munie du même artwork énigmatique (signé Jean Bocheux), d'un booklet assez complet, mais surtout de trois titres bonus. Le premier d'entre eux, Éclipse, est extrait de la démo de '83 et se défend bien malgré une production encore plus approximative que celle de l'album. Mention spéciale, là encore, à son refrain qui sonne comme du ADX avant l'heure. J'émets par contre de sérieuses réserves sur les deux morceaux suivants (Je Bois et Je te Hais), enregistrés en 2002 à je ne sais quelle occasion. Le Heavy Metal a tout simplement disparu pour laisser place à des compositions aux accents reggae et un chant absolument ignoble tantôt rap, tantôt variété. Bref, cela ne nous encourage pas à espérer une éventuelle reformation du groupe...

Heureusement, cette ''erreur de parcours'' (près de 20 ans plus tard) ne porte pas préjudice à l'unique full-length des parisiens. Ouf Metal reste un album à l'épreuve (au cœur ?) du temps, toujours aussi addictif plus de 30 ans après sa sortie. Que ce soit le groove et les envolées vocales de Face à la Lune, les accélérations de Gladiateur de l'Infini, Les Loups ou Le Blues, ou encore les marches fédératrices de Ténèbres ou Vengeance, chaque morceau possède son lot d'éléments accrocheurs. De plus, les slaps de basse et les nombreux soli endiablés, présents dans quasiment toutes les compos, ajoutent un cachet supplémentaire au disque. Et sa production assez bancale lui confère finalement un charme ''roots'' non négligeable. Comme l'annonce le titre de l'album (« Ouf » Metal), les gars de Strattson ne se prennent pas la tête et nous délivrent un Heavy Speed de bonne facture, tout en conservant ce coté naïf et fun du début à la fin. Leur unique full-length est encore aujourd'hui un honnête témoignage de la jeune scène Hard Rock française des 80's, pleine de fougue et d'insouciance. Et la citation au dos du disque ne fait que le confirmer : « Nous dédions cet album à tous les fous qui sont enfermés mais surtout à tous ceux qui ont su rester en liberté ».  

Tracklist :

1. Face à la lune
2. Les loups
3. Le gladiateur de l'infini
4. Au coeur du temps
5. Le bourreau
6. Vengeance
7. Le blues
8. Ténèbres
9. Speed Machine