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jeudi 5 novembre 2015

Solstafir + Mono + The Ocean

Trabendo - Paris

S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

C'est un plateau surprenant et alléchant que propose le Trabendo en ce jeudi 5 novembre : The Ocean, Mono et Solstafir. Un collectif allemand oeuvrant dans le postcore, un groupe japonais (et pas n'importe lequel) de postrock et les plus célèbres cowboys islandais, voilà une affiche interlope qui mélange les genres tout en dégageant une certaine logique dans le regroupement de ces formations sur une même tournée.

Le Trabendo est déjà bien rempli quand The Ocean monte sur scène sur le sample de Siderian, l'atmosphère onirique de cette introduction pose déjà une ambiance planante qui sera le maître mot de la soirée. Le groupe commence à jouer sur Ryachian, titre suivant sur l'album Precambrian, qui prolonge la ligne de guitare hypnotisante. Des ampoules à l'ancienne sont disséminées sur scène et s'allument et s'éteignent au gré de la rythmique pour un effet très réussi, évoquant un ambiance baroque et mystérieuse. Sur scène, le collectif est dans une version assez large : deux guitares, la batterie, la basse, le chant, le clavier qu'on retrouve souvent en live, et, chose plus rare une violoncelliste. Le groupe joue très carré, le batteur est au clic et rien ne dépasse, le son est net, même si parfois le violoncelle est un peu noyé sous les guitares. Il est néanmoins très audible sur les passages calmes, et c'est un réél bonheur d'avoir en live un son vivant plutôt que des samples. Le set est orienté sur les morceaux les plus aérés, sans doute en cohérence avec le reste de l'affiche. Il y a quand même quelques passages où les guitares se déchainent et où Loïc Rossetti sort la gueulante. Le groupe conclut son passage sur scène par The Quiet Observer, extrait de leur tout récent split avec Mono, transition logique pour la suite de la soirée. Très nuancé, avec une très belle partie au violoncelle, ce morceau est complétement réussi et clôture avec finesse ce premier set.

Setlist :

01.Siderian
02.Rhyacian
03.Hadopelagic II
04.Demersal
05.The Quiet Observer

Contrairement à la date de Villeurbanne quelques jours plutôt, c'est Solstafir qui jouera en tête d'affiche ce soir et Mono prend donc place sur scène. Le quatuor japonais ouvre le bal avec Recoil, Ignite dont la mélodie envoûte immédiatement la salle. Les deux guitaristes jouent assis, prêts à bidouiller leur pédales d'effets. La bassiste est débout près de la batterie et balance déjà sa chevelure noire au rythme de la batterie qui monte progressivement. C'est d'ailleurs ce qui se passera tout au long du concert, des montées interminables et magnifiques, des envolées planantes sans fin qui vous plonge en introspection profonde et produisent des images douces et apaisantes. Si déjà sur album le groupe parvient à vous prendre aux tripes, en live c'est encore plus impressionnant. Concentrés, presque en transe, les musiciens délivrent leur musique avec passion et le public est littéralement transporté dans ces compositions longues et progressives. Death In Reverse (extrait du split avec The Ocean) est lancé, avec là encore des frissons sur les climax où la tension est à son paroxysme. Ashes In The Snow, avec son intro au xylophone jouée en choeur par la bassiste et le batteur est également sublime, mais je pourrais écrire ça pour chacun des morceaux joués ce soir. Le set se termine sur Requiem From Hell avec sa fin plus dure que le reste du concert, la basse, jouée au pic pour l'occasion, est plus brutale et l'éclairage rouge combiné aux nuages de fumée confère une atmosphère de fin du monde. Une fin de set grandiose, d'autant plus que le groupe annonce un nouveau passage par la France l'année prochaine, à l'occasion de son prochain album. Plus qu'à attendre.

Setlist :

01.Recoil, Ignite
02.Death In Reverse
03.Kanata
04.Halcyon (Beatiful Days)
05.Ashes In The Snow
06.Requiem From Hell

C'est, ce soir, le neuvième concert en France cette année pour Solstafir nous annoncera Aðalbjörn Tryggvason au cours du concert et visiblement ils ne sont pas lassés (et nous non plus). Les islandais chapeautés débarquent sur scène sur un sample de Náttfari avant de débuter Dagmál, extrait de leur dernier album en date, Otta. Déjà le son des guitares produit toute son ambiguïté, à la fois chaud et froid, doux et rèche, clairement Solstafir est parvenu à un équilibre normalement impossible mais qui,avec eux, fonctionne sans problème. D'abord un peu distant, le groupe sera ensuite très communicatif, surtout Aðalbjörn Tryggvason (logique me direz vous, c'est lui qui a le micro) qui se permettra quelques blagues ("Quel titre voulez-vous que l'on joue ?" les réponses diverses fusent, "Cause toujours, c'est moi le chef !"). Le set est concentré sur les trois derniers albums, Ótta, Svartir Sandar et Köld, avec une setlist très planante (oui, c'est le mot de la soirée). Dans les moments vraiment géniaux il y a la mélodie au banjo sur Otta particulièrement réussie et efficace, et la longue et frissonante Nattmal. Tout au long du set, les musiciens seront présents sur scène, agités et proches du public, jouant comme il est tentant de le faire au Trabendo (et comme l'a fait The Ocean) sur les amplis et les retours faciles d'accès depuis la scène. Les islandais nous quittent sur Goddess of the Ages où la tristesse et la mélancolie se développent tant dans la voix que dans les instruments. Beau et fragile.

Setlist :

01.Dagmal
02.Ljos I Stormi
03.Otta
04.Nattmal
05.Pale Rider
06.Fjara
07.Goddes Of The Ages

Trois groupes, trois voyages. Cette soirée au Tradendo a été un dépaysement total et profond. Chacun des groupes, avec son identité, est parvenu à faire échos aux autres, une affiche vraiment intéressante et réfléchie.