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Album

02/05/15 - S.

Silencer

Death, Pierce Me

LabelProphecy Productions
styleDepressive Black Metal
formatAlbum
paysSuède
sortieoctobre 2001
La note de
S.
7/10


S.

Quand on raconte qu’une formation de Black Metal dit « dépressif » cesse ses activités pour cause d’internement psychiatrique de son vocaliste, il y a tout à parier que l’unique album dudit groupe soit l’incarnation de la pathologie psychologique de ses géniteurs. Silencer en est l’exemple le plus parfait. Death, Pierce Me est le reflet des idées funèbres et suicidaires de ses deux têtes malades, Nattramn au chant et Leere à la guitare, qui aura d’ailleurs effectué un court passage chez Shining plus tard. La partie batterie est assurée par Steve Wolz, longtemps derrière les futs des allemands de Bethlehem. Bref, ça respire la joie de vivre dans ce trio, à voir leur pédigrée respectif… !

L’aura émanant de Silencer prend forme petit à petit. A l’inverse d’un certain Xasthur, le trouble mental n’est pas bâti autour d’une production sale ni même d’une marée de clavier, mais il est bel et bien instauré par les guitares, interprétées avec une fluidité et une précision déconcertante de la part de Leere. Ce dernier distille ci et là des riffs effroyables, cauchemardesques, notamment les accords principaux du titre éponyme, dont l’enchainement provoque irrésistiblement une douleur lancinante, comme atteint d’un état grippal…des riffs capables de vous embarquer dans une tourmente tragique… Le piano a beau faire quelques apparitions sous formes d’intermèdes, il n’en demeure pas moins qu’il est loin d’être l’acteur principal de la musique des suédois, à l’exception du funeste titre « The Slow Kill in the Cold » où le clavier apporte la mort telle la Grande Faucheuse.
L’élément le plus impressionnant chez Silencer reste la voix de Nattramn. Hors du commun, cela ne fait aucun doute, celle-ci est emplie de douleur, criarde, pleurnicharde, et, n’ayons pas peur des mots, infantile. Au début il est évident qu’elle surprend tant elle est étrange, voire même pénible. Toutefois, une fois immergé dans l’atmosphère douloureuse de l’album, cette voix se montre très efficace et révélatrice du mal-être ambiant. Elle enfonce encore et encore l’auditeur dans l’abattement. La production dont j’évoquais plus haut la qualité, est typiquement suédoise : propre, carrée et précise.

Au final, Death, Pierce Me est un album singulier dont il émane une sale impression : celle d’être spectateur d’un humain, tout du moins ce qu’il en reste, reclus sur lui-même, dans l’agonie, pris d’une sérieuse crise de schizophrénie ; aux instants de démence se succèdent des moments de dépression intense. Ce genre de musique à vous foutre le cafard par une belle journée d’été.

Quant à l’artwork, outre les paroles, le plus glauque reste la photo de Nattramn, déshumanisé, le corps couvert de sang, des pieds de suidé à la place des mains et un visage absent, comme s’il voulait échapper au monde du vivant… La mort l’a-t-elle percé au visage ?

Un opus métaphore du déséquilibre mental, de la souffrance ; à prendre avec des pincettes.

Tracklist :
1. Death - Pierce Me
2. Sterile Nails And Thunderbowels
3. Taklamakan
4. The Slow Kill In The Cold
5. I Shall Lead, You Shall Follow
6. Feeble Are You - Sons Of Sion