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dimanche 7 août 2011 - U-Zine

Melechesh + The Reckoning + Signs Of Darkness + Saille

Biebob - Vosselaar (Belgique)

U-Zine

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David : L’été c’est la saison des festivals, les concerts en salle se font moindres… mais ne s’arrêtent pas pour autant ! Les « Mesopotamian black metalleux » de Melechesh, avant les dernières grosses échéances européennes (les gars sont aussi à l’affiche du Party San, du Summer Breeze, du Motocultor par la suite…), s’arrêtent chez les voisins Belges pour un show plus intime dans la petite salle du Biebob. L’occasion également de placer du groupe black local, et du coup l’occasion pour nous de découvrir un peu la scène Belge. Place au live !

LE BIEBOB

Hraesvelg : Le Biebob fait partie des endroits mythique, j'ai juste un peu attendu une quinzaine d'année avant de voir enfin cette salle. Les alentours ne ressemblent à rien, enfin si : à tout ce qui se fait dans la région soit des alignements de façades en briques qui respirent la joie de vivre. Une fois rendus à l'intérieur des lieux, on comprend mieux l'intérêt du site : la salle est hyper bien pensée avec un bar d'angle, une grosse console centrale pour la sonorisation qui est excellente, une bonne scène, pas trop grande, les lights sont un peu faiblards mais pour un grand café concert/petite salle, le matériel technique est juste impressionnant. Le truc cool c'est d'avoir pensé à construire une estrade à deux niveaux sur le côté, histoire de pouvoir prendre des photos sans trop gêner, et surtout assurer une visibilité à un maximum de personnes. Le truc moins cool ce sont les habitudes locales qui, outre la piste cyclable qui fait risquer la collision juste devant la salle, font commencer les sets relativement tôt, et à l'heure qui plus est, soit 18h30 les premières notes pour être précis ... fallait pas traîner en route.

SAILLE

David : Alors, Saille. Recherche internet : Black symphonique, nationalité Belgique, année de formation 2008. Mouais. Concert à 18h30, pourtant on était bien à boire nos bières à l’extérieur… Allez, j’men branle, je m’installe comme un morfale avec mes gâteaux à l’une des tables au fond de la salle. Avec un œil sur la scène quand même, on ne sait jamais. GRAND BIEN M’EN A PRIS ! Saille fut la grosse découverte de la soirée pour moi. Dès les premières notes, on sent le groupe qui a envie de proposer son propre son. Et au bout de deux ou trois compos, on se dit que c’est réussi tant les Belges proposent un black symphonique personnel. Des compos intenses se succèdent, alternant avec intelligence beaucoup de passages violents mais surtout des accalmies mélodiques et beaucoup de passages de transition orchestrés de main de maître par le claviériste. Le batteur (qui n’est autre que Gert Monden, batteur du groupe culte de death Belge In-Quest) avoine, et le reste des zicos n’est pas en reste, comme dirait l’autre ça joue !

Mais ce claviériste tiens, parlons-en, car c’est lui qui apporte cette identité propre au groupe. Pas de pompeux à la Dimmu Borgir, les interventions au clavier sont toujours discrètes, et apportent un côté tantôt médiéval rappelant les premiers opus de Die Apokalyptischen Reiter, tantôt enfantin et malsain, donnant un côté « Tim Burtonesque » à la musique de Saille. Savoureux ! Ajoutons à cela un vocaliste qui sait hurler comme il faut, possède une bonne présence scénique et possède un brin de voix sobre et efficace lors de passages en chant clair. Dommage pour l’affluence, qui est très médiocre (c’est la première fois que ça m’arrive à Vosselaar !). Les absents ont toujours tort, d’autant que le concert était servi par un son aux petits oignons auquel le Biebob nous a trop bien habitué. Bon, c’est combien l’album ?

Hraesvelg : Les morceaux interprétés sont très bien fait, subtilement arrangés, variés, techniquement "pointus" sans être maniérés (ça "joue" à tous les postes, un vrai plaisir à entendre et à voir). Les claviers qui d'ordinaire me rebutent, d'avantage du fait de leur faible intérêt, sont ici suffisamment maîtrisés pour servir les morceaux et apparaître comme un instrument à part entière dans les compos. Le chanteur possède également un beau brin de voix : que ce soit dans le chant agressif ou dans des passages plus mélodiques l'intensité de celui-ci varie et crée des atmosphères qui soulignent les élans de la musique. Le groupe ne s'encombre pas d'une communication superflue, la musique se suffisant à elle-même, mais ça bouge beaucoup sur scène ce qui démontre une habitude de la scène évidente. Le son est vraiment bon pour ce type de salle et pour un groupe d'ouverture, ce qui rend d'autant plus agréable cette vraie bonne découverte.

SIGNS OF DARKNESS

Hraesvelg : Là aussi, un groupe d'un très bon niveau technique, quoique en dessous du précédent en ce qui concerne la complexité des titres : les morceaux sont plus directs, plus agressifs. Ainsi le guitariste soliste utilise-t-il un son vraiment râpeux, pour ne pas dire crachoux, mais qui correspond bien au style pratiqué. Le bassiste/chanteur croit visiblement à ce qu'il éructe, de temps à autres épaulé dans cette tâche par le second guitariste qui possède quant à lui un growl bien death. Pour ajouter de la dynamique à son set, le groupe a choisi d’interpréter plusieurs titres à la suite sans marquer de pauses. A noter que le groupe n'avait pas de Backdrop propre, celui de The Reckoning étant déjà installé, ainsi que son kit de batterie qui servira également à Melechesh.

David : Se prendre une telle claque d’entrée joue forcément sur l’appréciation qu’on a du groupe suivant. Signs Of Darkness nous vient de Genk et a déjà fêté ses 15 ans, autant dire qu’on n’a pas affaire à des amateurs ! Une fois encore, ça joue impeccable que ce soir les guitaristes (j’ai beaucoup aimé le soliste) que le batteur qui avoine aussi bien que son prédécesseur sur la scène du Biebob ! Les Belges évoluent dans un style plutôt direct, les morceaux vont droit au but sans perdre cette mélodicité les rapprochant notamment de Watain (pour le peu que je connaisse de la scène black mélodique). Le frontman est assez charismatique, le son est une fois encore très bon, mais le style pratiqué est probablement trop classique pour que le groupe marque les esprits présents dans la salle. Mais bon, prestation bien sympa quand même !

THE RECKONING

David :Parmi les groupes de première partie de la soirée (enfin, “groupe de première partie” est un terme un peu abuse pour ce groupe-ci qui s’approche des 20 ans d’existence), c’est bien The Reckoning qui m’a fait la plus forte impression scénique! Les Belges sont de vraies machines de guerre, headbanguant dans tous les sens, haranguant le public (toujours pas nombreux, mais nettement plus réceptif) et envoyant le boulet comme jamais. Sortant légèrement du style musical de la soirée, les Belges pratiquent un style varié incluant du death/thrash à la Malevolent Creation au death/black à la Behemoth/Belphegor, en passant par des purs passages de black voire même parfois de brutal death !

Toutes ces influences sont très bien digérées sans que la musique de The Reckoning ne fasse « fourre-tout », au contraire puisque la variété et l’efficacité est appréciable et permet de ne jamais s’ennuyer. Les compos sont parsemées de passages plus mid-tempo bien accrocheurs, qui en font un groupe bien taillé pour la scène, même si pour les pogos il aurait fallu qu’il y ait des gens !

Hraesvelg : Death Metal Satan !!! Le frontman porte un t-shirt Behemoth mais un Belphegor m'aurait semblé plus approprié vu le style pratiqué : death plutôt brutal mais technique, vocaux agressifs, passages en mid-tempo thrashisant qui font bouger la tête sans même sans rendre compte ... le groupe a des fans vu le "rapprochement" du public et ça se comprend aisément. Les morceaux sont taillés pour la scène et envoient franchement du lourd. La présence scénique est moins spectaculaire que pour Saille, le frontman captant ici l'essentiel de l'attention, mais le groupe sait manier les foules et n'a pas besoin d'en rajouter pour créer un climat d'adhésion.

MELECHESH

Hraesvelg : Moloch étant absent, sa doublure officielle assure l'intérim avec panache, le petit "passe-désert" faisant toujours sont petit effet. Ce qui reste immuable c'est que le batteur du groupe est définitivement monstrueux, mais c'est rassurant de l'avoir vu -d'où je me trouvais- peiner un peu sur certains passages : ça prouve que le type est humain. Le nouveau bassiste est fort à bloc dedans : il assure les backings en s'arrachant les poumons, même micro coupé ! Ashmedi est un peu LE frontman : le mec entre en trance aussitôt arrivé sur scène et envoie du lourd, solis inclus : La grande classe ! Le public présent ne peut que se laisser entraîner par l'énergie déployée par le groupe, même si le set aura été plutôt court. Bizarre de se retrouver dehors à 22 h 30, sous la pluie après un set qui nous aura transporté si loin.

David :C’est parti avec le groupe le plus attendu de la soirée, Melechesh ! Le groupe a depuis toujours développé un son unique, à base de riffs arabisants et de rythmes donnant envie pour les plus timides de taper du pied, pour les plus extravertis d’entamer des danses endiablées (ce que se chargeront de faire certains dans le public). Et dès les premières notes, on reconnaît directement ce son si particulier (le Biebob encore impeccable à ce niveau !) et comme lors de la tournée avec Nile, c’est parti avec « Illumination – The Face Of Shamash », toujours aussi efficace en live !

Moloch, le guitariste, n’est pas présent pour la tournée estivale et son remplaçant (qui fait régulièrement des bouts de tournée avec Melechesh) palie parfaitement l’absence du gratteux officiel. Le nouveau bassiste (dont j’ignore l’identité) remplace parfaitement Rahm et semble déjà bien intégré scéniquement, assurant les backing vocals et headbanguant à tout va. Comme d’habitude, Xul à la batterie est monstrueux de technicité et de groove, et contrairement à mon collègue ci-dessus je ne l’ai pas vu galérer une seule seconde (peut-être étais-je trop occupé à moi-même headbanguer ?) !

Niveau setlist, aucune surprise : la moitié du set est consacrée à « The Epigenesis », le reste est composé des morceaux les plus plébiscités de « Emissaries » (dont les inévitables « Rebirth Of The Nemesis » et « Ladders To Sumeria ») et du seul morceau rescapé de l’ère pré-Emissaries que j’ai eu l’occase d’entendre en live : « Triangular Tattvic Fire », LE morceau par excellence pour bouger son boule ! Côté public ça s’est plus tassé devant la scène, ce qui donne l’impression d’une salle un peu plus remplie et les hurlements de quelques protagonistes du public apportent une bonne petite ambiance à l’ensemble ! Ce public a bien été encouragé par Ashmedi, le frontman charismatique de la formation, qui se donne comme jamais. Tout le temps en train de bouger avec sa guitare, assurant les vocaux avec rage, il montre encore une fois qu’il sait parfaitement tenir une scène : il a été juste parfait. La seule petite déception pour ma part provient de la setlist. Dans l’absolu, elle est très bonne (de toute façon Melechesh n’a pas beaucoup de morceaux mauvais ou moyens), mais on peut regretter le fait que le groupe ne la change pas du tout d’un live à l’autre, voire même d’une tournée à l’autre : hormis la surprise « The Epigenesis » lors de la mini-tournée fin décembre, le groupe a à chaque fois joué les mêmes morceaux. A quand un petit « Secrets Of Sumerian Sphynxology » ? C’est tout de même dommage de si peu piocher dans une telle réserve de tubes. Passé cette minute vieux con, c’était juste nickel, Melechesh est un putain de bon groupe live !

Setlist Melechesh :
Illumination – The Face Of Shamash
Sacred Geometry
Deluge of Delusional Dreams
Ladders to Sumeria
Grand Gathas Of Baal Sin
Triangular Tattvic Fire
Ghouls Of Niveneh
Rebirth of the Nemesis