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samedi 23 janvier 2010 - U-Zine

Baroness + Nebra

Maroquinerie - Paris

U-Zine

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Enrichie en oligo-éléments et gonflée en magnésium, il serait bien inutile de vous rappeler que la venue de Baroness en terres françaises était l’événement du mois de janvier et probablement celui de l’année tant les Américains se sont amusés à dépecer La Maroquinerie avec véhémence et prouesses musicales. Une démonstration de force, au travers de deux albums et une bonne fournée d’EPs à leur actif, qui a rassuré quant à la qualité des groupes de Virginie plus aptes à fréquenter les studios d’enregistrement que les comptoirs mal famés de Richmond. Quoique … On se demande bien ce qui passe par la tête de ces quatre garçons et si l’abus de méthadones et autres substances douteuses n’auraient pas jouer en faveur de leur créativité débordante et d’un enrichissement de leur capital musical. A décortiquer chaque son et à chaque ambiance, on parvient par se dire qu’il y a là des influences aussi barrées et bariolées que la chemise de l’oncle John Baizley au charisme débordant.

Du charisme, il en aurait quelque peu fallu à la première partie helvétique Nebra, chargé de se frayer un chemin avec quelques comptines sludges et cérébrales sans voix. D’excellentes compositions avec un passage du mur du son bien assuré, mais une fâcheuse tendance à ne faire que le minimum syndical sur le plan des arrangements et de la diversité. Raides comme des poteaux avec une grâce de transporteurs de fonds, ils assurent néanmoins leur set avec de la dextérité et une forte accoutumance au haut du manche avec l’interprétation de « Shoulder of Orion » ou encore « Sailing The Methane Seas », chargés de repousser l’envahisseur. Il faut dire que la majeure partie du spectacle et les compositions semblent assurées par Jérôme Pelligrini, meneur de troupe et guitariste de Mumakil et Nostromo. Mais très loin de reprendre les critères de réussite des deux formations pré-citées les Suisses n’en font qu’à leur tête au détour d’un univers rabibochant Neurosis aux marteaux-pillons d’Isis ou encore de Pelican. Une saine découverte pour des helvètes au chaud dans leurs souliers et peu enclins à les quitter.

De la délicatesse et la tendresse durant cette soirée, où la palme d’or fût bien évidemment attribuée par la grande force des choses à Baroness. Déjà auteur d’un Blue Record des plus explicites, on imaginait mal la formation donner corps et âme à son dernier long entre 4 murs de carton-pâte. Et pourtant figurez-vous que les natifs de Savannah sont capables de tout et surtout de transformer n’importe quels sous bassement en usine à rêves où viennent se rencontrer une multitude d’horizons. Professionnels d’un bout à l’autre tout en restant dans l’ombre de leurs morceaux, percutants mais n’ayant pas oublié de chatoyer la mélodie, Baroness n’a pas dérogé à la règle tout en livrant une leçon musicale à ses pairs. Car il faut l’avouer entre « Swollen And Halo » et « Wanderlust », c’est tout un pan du paysage rock, du métal progressif et bien entendu du sludge qui ressurgit à grandes lampées. La richesse des mélodies ponctuée d’une savante dose de bombardements sonores toujours calculée et maîtrisée. « A Horse Called Golgotha » et sa déferlante de notes épicées pourront en témoigner tant la salle chavire face aux cascades sonores orchestrées par les guitares et une grosse base rythmique disséminée par le très impressionnant Allen Blickle et sa poigne détonante. Autant de variété et d’animosité dans son jeu nous font dire qu’il supporte plutôt bien l’ossature du groupe et lui confère de la profondeur dans les hauteurs. Artisan d’un son fait main et qu’il convient de célébrer autour d’une belle brochette de musiciens aussi talentueux les uns que les autres sur le grill d’un style à part entière.

En résumé et pour faire court sur un concert long et indéniablement riche, Baroness est bien la meilleure chose arrivée au métal depuis les enchaînements rigides et sans grande fleuraison des genres. Un groupe en forme qui enchaîne les riffs comme des perles et se tuant à la tâche pour le bonheur d’un public averti et sensible au développement d’un univers que l’on ne saura que vous conseiller. Les Américains nous ont d’ailleurs promis de revenir d’ici quelques mois … juste le temps pour nous de revenir sur la terre ferme et de digérer un concert plus que fameux.