Articles Retour

REVUE D'ACTU #25 : Nader Sadek, The Amenta, Forhist...

samedi 12 décembre 2020
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Avant-dernière Revue d'actu pour cette année, ce sont donc essentiellement des annonces qui concernent la rentrée prochaine dont nous vous parlons cette semaine. Une sélection plutôt extrême pour cette édition, même si la vitesse n'a pas forcément le dernier mot. Bonne lecture et bonne écoute.

The Amenta

ZSK : Cela va bientôt faire 8 ans que The Amenta n’avait pas sorti d’album, Flesh Is Heir remontant à 2013. Mais le 19 février prochain, l’attente sera enfin terminée. Les Australiens vont signer leur retour avec Revelator, qui sortira chez Debemur Morti après 3 albums chez Listenable, le groupe restant fidèle à nos chers labels français. Et il y a eu du chemin parcouru depuis Occasus (2004), beaucoup de changements, visuellement comme musicalement, en passant notamment par le plus sombre N0N (2008). Et ça ne va pas s’arrêter, car ce premier single qu’est "Sere Money" montre un The Amenta qui continue d’évoluer, bien que pour la première fois, il va conserver son chanteur sur deux albums à la suite (Cain Cressall). On retrouve le riffing industriel implacable qui caractérise le groupe, cela nous ramène déjà à Flesh Is Heir, mais pour le reste The Amenta semble partir dans une direction à la fois plus aérée et épique, mais aussi plus sombre et désenchantée, à l’image du clip d’ailleurs. L’influence Godflesh ressort de plus en plus au fil des sorties, ce qui avait d’ailleurs été mis en lumière sur l’EP Chokehold (2012) avec sa reprise de "Christbait Rising". Avec un final vraiment libérateur et un Cain Cressall qui se lâche déjà, "Sere Money" est un premier jet très prenant. Il ne reste plus qu’à patienter pour savoir si The Amenta va encore envoyer la sauce sur d’autres morceaux, ou définitivement emprunter cette voie plus apocalyptique…

Cult Of Luna

S.A.D.E : Il y a toujours un petit frisson lorsque Cult Of Luna annonce une nouvelle sortie. The Raging River, un EP prévu pour le 5 février sur Red Creek, ne fait pas exception. Après un Dawn To Fear, où les Suédois montraient, une nouvelle fois, la totale maîtrise de leur univers sonore, la tendance à l'excellence va-t-elle perdurer ? CoL peut-il être toujours aussi constant dans la qualité ? A l'écoute de"Three Bridges", la réponse est un franc oui. Intense, riche de multiples sonorités, construit avec brio, mélant avec toujours autant de subtilité éléments synthétiques et instruments plus conventionnels, ce premier extrait est une totale réussite. Plus les années passent et plus ce groupe me fascine par sa pertinence, sa régularité et son talent pour évoquer une multiplicité d'intentions sans tomber dans l'illisible. L'attente s'annonce déjà longue.

Forhist

ZSK : Vindsval de Blut Aus Nord a, par le passé, souvent annoncé pas mal de projets à venir, que ça soit au sein même de la discographie de BaN ou sous d’autres noms. Après Yerûšelem, voici donc un nouvel avatar de l’esprit musical de Vindsval. Et si Yerûšelem exploitait la direction la plus industrielle de Blut Aus Nord, Forhist va logiquement prendre le chemin contraire. Pour ce premier album éponyme qui sortira une semaine après le The Amenta cité plus haut et chez le même label, nous devrions donc avoir affaire à du Black Metal plus traditionnel. Et promis comme étant un poil nordique, logique pour le Sang du Nord… qui reviendrait presque aux sources. Ce premier single sobrement nommé "I" a donc logiquement des relents de ce que Blut Aus Nord a fait de plus mélodique, les Memoria Vetusta en tête (et The Eye tant qu’à faire). Logique aussi vu que "Forhist" était le nom d'un morceau de Memoria Vetusta III... Et autant dire que le jeu en vaut déjà la chandelle. Entre samples naturels et claviers 90’s, Forhist nous livre déjà une pièce particulièrement épique, qui promet beaucoup. Le raffinement sera au rendez-vous, entre des riffs acérés traditionnels et des cris lointains. Du très bel ouvrage pour ces 6 premières minutes d’aperçu, et pour tous ceux qui apprécient le côté le plus mélodique et le plus classiquement BM de Blut Aus Nord, il va falloir suivre ça de très près.

Nader Sadek

Prout : Sorti fin novembre dernier, Serapeum, le nouvel EP de Nader Sadek nous emmène dans les tréfonds de l'Egypte ancienne. A son habitude, Nader Sadek a invité de nombreux intervenants sur ce nouvel EP et pas des moindre : Karl Sanders (Nile), Derek Roddy (Hate Eternal, Malevolent Creation), Alex Zubair (Nephelium), Dominic Lapointe (Beyond Creation), Mahmud Gecekusu (Azaroth), Nancy Mounir (Nader Sadek) et des guests tout droit venus de Dark Fortress et Putrid Pile. Au menu un Brutal Death abouti, qui se rapproche de plus en plus des pérégrinations en Orient de Karl Sanders. Vous pouvez soutenir un des trop rares groupes égyptiens via leur bandcamp et vous délecter du tout dernier clip illustrant le morceau Black Osiris

Aborym

ZSK : Souvenez-vous, on était à la fin des années 90, des groupes ont suivi Mysticum et ont commencé à sérieusement expérimenter sur la base d’un Black Metal à teinture industrielle. En Italie, c’est Aborym qui a tenu le flambeau dès Kali Yuga Bizarre (1999). S’en suivront des albums remarquables du genre comme With No Human Intervention (2003) ou Generator (2006), jusqu’à Dirty (2013). Souvenez-vous en bien, parce qu’il va falloir oublier tout ça et passer à autre chose. Certes, ce n’est plus une surprise : avec Shifting.Negative (2017) et son nouveau line-up autour de Fabban, Aborym a montré son niveau visage qui est une sorte de Metal Indus old-school, entre Nine Inch Nails, Ministry voire Marilyn Manson. Et "Horizon Ignited", premier extrait de Hostile qui sortira le 12 février prochain, enfonce le clou, voire va même encore plus loin : on se rapproche encore plus de Nine Inch Nails, à mi-chemin entre The Fragile et d’autres choses plus douces. Aborym commence à basculer vers du Rock Indus plutôt même que du Metal, et c’est à prendre ou à laisser. Malgré un final électronique plutôt réussi, "Horizon Ignited" a du mal à convaincre, entre cette ambiance déserto-coldwave assez cliché et le chant peu engageant. Heureusement que Shifting.Negative avait ouvert la voie sinon le choc serait plus rude. Je pense que le Black-Indus a fait son temps chez les Italiens, ce n’est clairement plus le même Aborym, ce n’est plus Aborym d’ailleurs, pas celui le plus extrême en tout cas. On pourra toujours discuter de l’intérêt de garder ce nom, en attendant, Hostile s’annonce comme la poursuite du chemin de « Aborym » dans des terres Rock Indus… à voir si ça vous va, ou si vous allez plutôt revenir vers les vieux albums façon dancefloor satanique.

Eyehategod

S.A.D.E : Son boueux, voix crasseuse, tempo balourd, pas de doute Eyehategod est bien de retour. Les gars de la Nouvelle-Orléans ont en effet proposé un premier single pour leur album à venir. Intitulé A History of Nomadic Behavior, ce sixième album sortira le 21 mars prochain chez Century Media Records. Et globalement, Eyehategod semble reprendre les choses là où le groupe les avaient laissées : dans la fange visqueuse du bayou. Tout dans ce titre suinte l'essence de ce que représente le groupe, cette posture d'anti-star à la hargne bien trempée et au je-m'en-foutisme érigé en mode de vie. Rien de bien original n'est proposé sur ce "High Risk Trigger" (à part peut-être un phrasé un peu plus articulé pour Mike), mais le machin vous arrive directement dans le bide, avec cette viscéralité propre au groupe. Direct et imparable.

Evergrey

Varulven : Deux ans après sa dernière sortie, Evergrey s’apprête à mettre un terme à sa saga des 4 éléments, débutée il y a bientôt sept ans avec le magnifique Hymns for The Broken. Assimilant chaque élément à une étape particulière de l’existence humaine, ce dernier chapitre est centré autour de la symbolique du feu, posant ainsi un contraste avec le précédent album qui évoquait l’eau. Car si The Atlantic traitait de l’aspiration à prendre un nouveau départ en s’échappant loin de ce qui nous affecte durement, Escape of The Phoenix semble aborder la volonté de raviver la flamme intérieure qui sommeille en chacun de nous, celle qui doit nous permettre de surmonter chaque obstacle, nous rendant alors plus fort et désormais prêt à renaître et à reprendre notre vie en main.

Alors certes, cette interprétation peut quelque part sonner comme de la psychologie de comptoir, mais le titre, ainsi que la pochette, nous montrent une vision relativement proche de celle exprimée par votre serviteur. La référence au mythe du phénix dans un premier temps, oiseau lié au feu et au cycle de mort et de renaissance. Puis cette créature ailée nimbée de flammes, brisant ses chaînes et prenant son envol dans le plus grand tumulte, comme pour affirmer cette resurrection aux yeux du monde entier. Extrait à l’appui, avec "Forever Outsider", qui reprend tous les éléments d’Evergrey depuis 2014 : rythmique moderne et groove implacable, lignes mélodiques très pop, ainsi qu’un ton plus dur dans les riffs, comme sur The Atlantic. Sans oublier le chant habité de Tom Englund, toujours porteur des plus fortes émotions.

  Ondskapt        

Varulven: Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, je suis parfois dérouté par la quantité pharaonique d’albums qui sortent chaque année, au point d’être frustré de ne pas avoir le temps d’écouter tout ce que je désire. Surtout quand votre mur Facebook est constammant innondé de news de sorties d’albums, de nouveaux morceaux et de communiqués promotionnels en tout genre. Tout ce foin promo fait en amont d'une date de sortie fait parfois perdre de l’intérêt et de l’excitation envers une œuvre. Notamment pour le Black Metal, qui entretenait à la base une certaine forme de mystère (aujourd’hui disparu) auprès du public. Surtout quand tous reproduisent le même schéma de diffusion 2.0 qui, à terme, multiplie les chances de voir ces projets noyés dans l’anonymat de la multitude.

A l’inverse, certains artistes cultes du milieu, surtout lorsqu’ils n’ont plus donné signe de vie depuis longtemps, prennent ce système à contrepied, en annonçant la sortie de leur album d’un bloc le jour même, sans teaser ni extrait d’aucune sorte. Le but étant, au-delà du facteur occulte et mystérieux, de susciter une attente, un enthousiasme décuplé et l’espoir pour l’auditeur de tomber sur quelque chose d'exceptionnel. Après Funeral Mist et Sargeist en 2018, c’est au tour de Ondskapt d'annoncer son retour à l'improviste, après dix ans de mutisme et un Arisen From The Ashes brûlant, toujours marqué par le souffre d’un Black Metal Orthodoxe "made in Necromorbus Studio". Une décennie plus tard, on prend les mêmes ingrédients et on recommence : Grimoire Ordo Devus, sorti (et dévoilé) le 27 novembre dernier, reprend tous les codes établis par les Watain, Behexen et autres Merrimack ou Ofermod dans les années 2000. Un BM à la fois cru et lisible, pour un ton occulte étouffant, et pourtant d’une clarté indéniable, loin de la surenchère de certains héritiers encapuchonnés de tous ces précurseurs d'une certaine scène "occulte". Une appellation faisant  désormais trop souvent figure d'artifice décoratif au détriment du reste.