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Trois albums pour (re)découvrir Volbeat

vendredi 20 mars 2020 - Michael
Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Après avoir évoqué Chimaira et Kalmah il y a peu, j’avais envie de m’attaquer à la discographie d’un groupe voguant dans des eaux complètement différentes : Volbeat. Bien que j’écoute ce groupe depuis de nombreuses années, je n’ai pas chroniqué le moindre album dans ces pages. Plutôt que de reprendre un par un les sept albums du groupe et de les chroniquer à froid, il me semblait plus intéressant de mettre en lumière certains d’entre eux, pas forcément les meilleurs, d'ailleurs, afin de vous permettre de découvrir ou redécouvrir leur musique.

La découverte de la musique des Danois de Volbeat a été une double claque pour moi : celle d’être enfin agréablement surpris par une découverte en Heavy, qui n’est pas vraiment mon genre de prédilection, et celle de découvrir ce mélange parfois un peu bizarre de Metal, de Rock et de Rockabilly.

Et Seal The Deal & Let’s Boogie, sorti en juin 2016, est certainement celui qui m’a le plus marqué. Par son atmosphère, déjà, et par son homogénéité, ensuite. Rarement ai-je pu écouter un album où autant de titres sont excellents. Alors que le groupe a déjà percé internationalement depuis de nombreuses années grâce aux sorties cumulées de Rock the Rebel/Metal the Devil et de Guitar Gangsters & Cadillac Blood notamment, le groupe nous revient avec ce que je considère comme étant l'album le plus abouti du groupe.

Certes, cet album n’est pas aussi brut que ses prédécesseurs. Il est également un peu moins typé Western et conquête de l’Ouest, contrairement à ce que pourrait le laisser penser sa pochette. Le son est mieux défini ; la production est irréprochable ; à tous égards, on sent bien que le groupe a pris une autre dimension. Mais cette professionnalisation palpable et une vibe un peu plus « pop » ne s’est pas accompagnée, comme c’est parfois le cas, d’une absence de prise de risques.

Et c’est probablement en cela que réside la première et principale force de cet album. Un grand nombre de titres sont excellents, originaux et officient dans des atmosphères résolument différentes. De la très dynamique The Devil’s Bleeding Crown (ce riff !), aux très « groovy » Seal the Deal et Slaytan en passant par les plus profondes Let it BurnGoodbye Forever ou The Gates of BabyloneVolbeat navigue entre les émotions sans jamais céder à la facilité ou au déjà-entendu. On pourrait également mentionner Rebound, aux paroles amusantes, ou bien encore la très dynamique Black Rose en duo avec Danko Jones (je trouve que la version sans ce dernier est toutefois meilleure). Après tant d’années de carrière et un succès déjà acquis, le groupe ne s’est pas reposé sur ses lauriers.

La seconde force de cet album est à l’évidence Michael Paulsen. Si le bougre fait parfois quelques bourdes en live avec des paroles oubliées et quelques fausses notes, cet album est sa masterpiece. Je ne me lasse pas de la profondeur de sa voix et des variations qu’il nous lance en toute simplicité. Le break de Marie Laveau, les refrains de The Loa’s Crossroad ou de Goodbye Forever sont exceptionnels, par exemple. Ce dernier a eu un peu moins recours dans cet album à ces effets de voix qu’il utilisait par le passé pour renforcer le côté Rockabilly, mais il a rarement délivré une prestation aussi juste.

La troisième force de ce Seal The Deal & Let’s Boogie est à l’évidence son rendu live. Le groupe n’hésite jamais à introduire le maximum de titres de cet album, y compris dans les tournées de promotion des albums suivants, preuve s’il en est de la puissance de cet album. Jusqu’il y a peu, The Devil’s Bleeding Crown était d’ailleurs le titre d’ouverture du groupe. Et on peut le comprendre. C’est entraînant, les riffs à réveiller les morts sont légion (riff d’intro et break de The Devil’s Bleeding Crown, riff principal de Seal the Deal) tout comme les leads de guitare (Goodbye Forever en est le plus bel exemple).

J’ai beau être très attaché à ce groupe, je suis parfaitement conscient des faiblesses des premiers albums, comme du dernier d’ailleurs. Pour celui-ci, je sèche un peu. En creusant, on pourrait se dire que le mix de la basse est insuffisant. Mais pour le reste ? Il y a des prises de risque (interlude de cornemuse sur The Loa’s Crossroad par exemple), des compositions réussies, des titres entraînants, des titres dynamiques, des titres plein d’émotions, une atmosphère globale que vous ne retrouvez chez aucun autre groupe. Alors, en plus, lorsque chaque musicien sort son « A-game » et que la production est impeccable, inutile de chercher la petite bête. Michael Paulsen a clairement mis toute son attention sur le soin donné dans les compositions, et cela donne un album vraiment réussi.

Seal The Deal & Let’s Boogie est, à mon sens, l’album le plus complet du groupe. Il n’est pas étonnant de voir le groupe grimper l’échelle encore plus rapidement depuis sa sortie et être propulsé en tête d’affiche un peu partout, malgré une communication plutot limitée et un « marketing » pas si développé.

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Le second album que je conseille à un novice pour découvrir le groupe est Beyond Hell / Above Heaven, sorti en 2010. Mieux composé que les précédents albums du groupe (surtout par rapport aux deux premiers), plus raffiné, il contient quelques-uns des titres les plus aboutis du groupe.

Le plus bel exemple de ce son si singulier est 7 Shots, à laquelle participe Mille Petrozza de Kreator et Michael Denner de Mercyful Fate. Riffs galopants, paroles soignées, mélodie entraînante et des soli bien léchés, ce titre est juste une merveille. Je ne m’en lasse pas. Elle met surtout en lumière cette capacité du groupe à composer des titres qui nous plongent immédiatement dans leur ambiance, leur univers. Le grain de voix de Michael y est certainement pour quelque chose.

On retrouve cette ambiance westernisante sur les dynamiques A Warrior’s Call (régulièrement jouée dans les stades américains pour sa longue montée en puissance), A New Day, 16 dollars ou bien encore la très bonne FallenMichael nous livre une masterclass.

Au-delà de cette ambiance, cet album révèle surtout une amélioration drastique des compositions du groupe, ainsi que je l’ai dit en introduction. Ce dernier avait l’habitude, par le passé, de composer des titres un peu fourre-tout où vous pouviez tomber amoureux d’un refrain et être dépité par les couplets et autres éléments, faute d’avoir grand-chose à voir entre eux. Une telle faiblesse était certainement liée à la tendance du groupe à emmagasiner un très grand nombre d’influences, parfois de manière un peu maladroite. Ce nouvel album va davantage à l’essentiel, en propose des morceaux toujours différents mais bien plus cohérents. Volbeat alterne des titres plus « pop » tels que Heaven Nor Hell et Fallen, un titre inspiré de la country (16 dollars) avec des titres résolument Metal tels que 7 Shots ou bien encore Evelyn (avec Barney Greenway de Napalm Death en guest).

Le tout donne un résultat tantôt puissant et profond, tantôt catchy et plus léger. Cet album est le premier album du groupe à être aussi complet. L’album de la maturité ? Difficile à dire, et un peu cliché. Toujours est-il qu’en sortant ce Beyond Hell / Above Heaven, Volbeat a pris une autre dimension et a prouvé qu’il pouvait encore se réinventer et proposer des titres mieux construits.

Un must-have.

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Le dernier album est Rock the Rebel / Metal the Devil, deuxième du groupe sorti en 2007. Il ne faut pas se mentir : les premiers albums – dont celui-ci – sont particulièrement hétérogènes. Cet album n’est pas parfait, loin de là. Il contient parfois les scories mentionnées ci-dessus, à savoir des compositions un peu fouillis et un mix pas aussi bon que sur les albums suivants. Il a toutefois un charme brut et une atmosphère inégalée. Et, surtout, il est indispensable de l'écouter pour pleinement comprendre la musique distillée par le groupe.

Moins sombre que le premier album du groupe (The Strength/The Sound/The Songs), il est toutefois davantage varié et riche. Son charme s’explique avant tout par un melting pot d’influences. Devil or the Blue Cat's Song et son chant typé Elvis, la très Johnny Cash-esque Sad Man's Tongue, la très mélodique Soulweeper #2 ou bien encore The Garden’s Tale (avec Johan Olsen en featuring) et Radio Girl et ses sons un peu Punk. Le tout est saupoudré d'une influence évidente de Metallica et des Misfits.

Si le groupe joue régulièrement sur une vibe des 60’s, avec des sons très rétro et un Michael qui joue avec sa voix, façon crooner et petite reverb’ en plus, il conserve son appétence pour les gros riffs Heavy Metal (The Human Instrument, notamment). A l’époque, il a constitué un évident vent de fraîcheur sur une scène Heavy (et genres associés) qui peinait un peu à se renouveler. Et il constitue encore aujourd’hui un album qu’il est bon de réécouter régulièrement. Je ne peux donc que vous inviter à écouter en boucle Sad Man's Tongue, Mr. & Mrs. Ness et The Garden’s Tale.

Vous constaterez que si la musique du groupe a depuis lors évoluée vers un Metal plus « mainstream » et davantage policé, elle a conservé la substantifique moelle, les bases posées par cet album. Il est donc toujours bon, par nostalgie ou par intérêt, de revivre l’aventure musicale que constitue Rock the Rebel / Metal the Devil. Un voyage dans un Metal infusé au Rockabilly que vous vous devez de vivre au moins une fois dans votre vie. Pour le meilleur ou le pire, d’ailleurs.


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J’espère que ces quelques lignes vous auront donné envie de découvrir la musique des Danois, qui est aussi riche qu’originale. Mais s’il ne fallait retenir qu’un titre, un seul titre pour vous faire comprendre la puissance et les influences de ce groupe, écoutez 7 Shots.