Live reports Retour
samedi 2 mars 2019 - Team Horns Up

Sadique Master Festival 2019 - jour 2

Les 5 Caumartin - Paris

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Dolorès Alors que, fin janvier, on me proposait d’être modèle dans le teaser du Sadique Master Festival 2019, un petit tour dans le cinéma des 5 Caumartin à Saint-Lazare (Paris) en ce premier weekend de mars était inévitable. Malheureusement, venant de Nantes il m’était impossible d’assister aux séances du vendredi soir, pourtant celles qui m’intéressaient le plus avec les séances de courts-métrages du dimanche soir, à l’heure où je partais de Paris… Je me retrouve donc à 21h ce samedi soir, à attendre la projection des quatre films qui animeront le cinéma jusqu’au petit matin.

A Nantes, nous avons un équivalent avec les Nuits Fantastiques : des soirées de 4 films avec petit déjeuner compris, organisées par l’Absurde Séance dans le cinéma Katorza. Je connais donc bien le principe, bien que l’ambiance soit assez différente ici. Si le côté gore, extrême, déviant et même humoristique reste, dans l’idée, assez similaire, je ressens quand même une atmosphère bien distincte.

Là où les Nuits Fantastiques nantaises sont bon enfant, un peu malsaines et gores, cette nuit du Sadique Master est bien plus glauque ! Les films programmés sont quand même destinés à un public averti, amateur, curieux, et… tolérant ? Ce n’est pas juste le genre de film avec beaucoup de sang et d’humour noir : on vient pour tester ses limites. Le teaser indiquait « 1 malaise chaque année », je ne sais pas s’il y en a eu ce soir-là mais les thématiques et les manières de les traiter ne sont pas des plus simples à digérer.

Je suis personnellement très tolérante – tellement que cela m’effraie un peu, parfois – aux choses les plus gores et malsaines à l’écran. Mais si je sais quel est mon recul sur ces images : qui est le public du Sadique Master ? Sont-ils tous comme moi ? Certaines réflexions, certains comportements du public, entre les projections autour d'un verre, me donnent l’impression qu’on est en train de mettre entre les mains de parfaits inconnus, dont on ne connaît pas la mentalité, des choses qui peuvent se révéler dangereuses. Ma position est sans doute extrême, mais quand je vois des personnes s’amuser du viol ou de la nécrophilie, je ne crois pas aller trop loin dans ma réflexion.

Le festival est organisé par Tinam Bordage, connu dans ce milieu mais qui semble avoir la tête sur les épaules, bien qu’après avoir croisé sa mère et lui avoir demandé si son fils était un psychopathe, elle nous ait répondu positivement d’un air amusé !

Il est 22h et quelques, la soirée peut commencer. Avant chaque projection, en plus de voir ma tronche sur grand écran à quelques mètres de mon fauteuil à chaque fois, nous aurons le droit à des courts-métrages : ceux de No Reason plutôt parodiques et drôles, et un de Laurent Smiejczak, connu pour ses performances « pornovomitgore », qui m’a laissée plutôt indifférente. C’est parti pour Enter The Deep !

 

SAMEDI 2 MARS
ENTER THE DEEP

Dolorès : Le synopsis de ce petit film mexicain, sur lequel on trouve très peu d’infos sur internet, m’intriguait. Avec « The Deep » du titre, on parle bien de deep web ! Un étudiant réalise sa thèse sur le sujet, sans imaginer où cela va l’emmener. On découvre tout cela avec lui, dans une alternance de scènes du quotidien très longues et très lentes et de passages plus saccadés, dans le montage et la violence des images. On voit ce qu’il voit, mais on peut aussi observer ses réactions : curiosité, choc, attirance, désir.
Tout y passe bien sûr, je ne vous ferai pas de dessin. Pendant une bonne partie du film, les images qui peuvent heurter la sensibilité sont floutées pour le spectateur. C’est d’ailleurs le point principal qui soulève des questions : pourquoi flouter cela si le film veut choquer ? La suggestion d’abord, bien qu’on imagine très bien ce qu’il se passe sur l’écran de l’étudiant, avant de terminer par des images plus choquantes et bien visibles ? Certaines personnes du public ont pensé qu’il s’agissait de réelles images issues du deep web, et que c’est là où résidait la plus grande violence du propos pour le spectateur, dans la salle de cinéma. Je suppose que cela doit être illégal, et qu’il s’agit donc de fausses images, mais la question se pose et c’est sans doute là où le réalisateur veut en venir !
Certains sont donc sortis avant la fin de la séance, comme souvent lors de ce type de projections. J’ai eu également envie de sortir : non pas car j’étais choquée mais car je ne voyais pas l’intérêt de rester volontairement devant ce film, peu fascinant. Lorsque j’ai eu envie de me lever de mon fauteuil, le film se terminait, car celui-ci est assez court et ne dure qu’une heure et quelques. Avec le recul, je vois le visionnage de ce film comme une expérience avant tout, et toute expérience a un intérêt. Il m’est impossible de le critiquer selon les codes habituels, et même en donnant une réponse à la fameuse question : « ai-je aimé ce film ? ».

Prout : Enter the deep promet dès son disclamer une introspection dans le snuff qui serait à même de mettre mal à l'aise l'assemblée du Sadique Master. Un étudiant en thèse d'informatique a comme sujet la création de Wikileaks et sa volonté d'un Internet libre et diffus de vérité. Très vite en cherchant dans les méandres du net, il se trouvera confronté à Tor et au Deep web, et finalement au Dark web. Pédophilie, drogues, porno, tortures et autres violences... vous savez très bien ce qui traîne sur le web, on n'a pas attendu les référencements Google pour avoir Ogrish, Rotten ou Efukt. Néanmoins même si Enter the Deep exprime très spécifiquement sa volonté de présenter la face sombre du net à son public, ce film-là n’est rien de plus qu’un pétard mouillé. Des vidéos surpixellisées qu’on a vues 100 fois pour pas trop choquer, des pauvres photos de meufs même pas à poil et des gros plans sur la bite du nerd qui découvre la vie (alors qu’il est en thèse d’informatique, il serait temps), le tout servi par peu de fond, pas de parole ou presque, un rythme bien lent et aucun malaise à part pour l’acteur qui s’est infligé ça. A part m’ennuyer, ce film ne m’a pas vraiment titillé.

 

XPIATION

Dolorès : Domiziano Cristopharo sera à l’honneur ce weekend-là (et présent en tant que jury ou pour répondre aux questions des fans et du public), puisque la veille était projeté l’un de ses films qui fêtait ses 10 ans, et qu’en ce samedi soir, le Sadique Master programmait son dernier long-métrage. Xpiation est le dernier chapitre d’une trilogie autour de la mort pour le réalisateur, une saga présentée comme « la plus extrême du cinéma indépendant italien actuel ».
On découvre cette femme, bien habillée et présentée, qui ordonne à un toxicomane un peu fou de torturer un homme pendant qu’elle filme la scène et les observe avec contentement depuis son fauteuil. Il s’avère que l’homme torturé est hispanique, donc étranger. Domiziano Cristopharo expliquait lors des réponses aux questions du public qu’Xpiation était une métaphore de la situation actuelle dans son pays. La femme étant l’Italie, Rome, la mère nourricière de ce système et le film, une dénonciation du fascisme. Bon, il faut le savoir car on ne l’aurait franchement pas deviné du premier coup d’œil. Cela tient la route, toutefois.
Cela dit, on tient là l’image principale du film. Ce trio infernal – d’une femme un peu âgée, autoritaire et élégante (mais repoussante d’une certaine manière), d’un taré qui n’a rien à perdre et la suit pour obtenir sa drogue, et d’un homme hispanique torturé – nous suit tout au long du film. Si cette image principale est en soi, une bonne idée traitée avec une esthétique particulière (mais qui fonctionne à 100%), il aurait peut-être fallu s’arrêter là. Le film dure 73 minutes, ce qui n’est pas spécialement long, mais à quoi bon en faire absolument un long métrage quand le format court métrage aurait été parfait pour cette image singulière ? Car au-delà de celle-ci, il n’y a en réalité pas grand-chose : on brode autour du noyau central sans en sortir et sans rien y apporter.
Bon, le réalisateur le disait lui-même lors des réponses aux questions : le budget était ridicule pour ce film. C’est assumé ! Mais il est véritablement trop long pour le peu de choses qu’il a à dire. Une fois l’ambiance – très réussie cela dit – instaurée, il n’y a plus grand-chose à dire. Les scènes de torture en elles-mêmes sont assez banales et n’ont pas suscité beaucoup de réaction de ma part, en tout cas. Une bonne idée, donc, un fond intéressant mais une forme maladroite pour Xpiation !

Prout Autre film du festival de Domiziano Cristopharo, Xpiation conclut la trilogie ouverte par Sacrifice et Torment. Très loin de House of Flesh Mannequins, on assiste ici à un semi huis clos où deux aspects sont surtout mis en avant : la torture et l’effet des drogues. Sous fond de discours politique d’une Italie soumise au fascisme montant (aaaah la nostalgie), une femme bafouée et violée entame une vengeance violente et manipulatrice contre les hommes, dont peu importe l’ethnie au final. Dans ce dernier film de Cristopharo, on assiste de manière chirurgicale à une séance de torture quasi constante d’un « basané », seulement entremise par la prise de nouvelles drogues du protagoniste « néo-nazi ». C’est très cru, pas forcément très profond, assez visuel mais complètement straight forward.


BRUTAL
 

Dolorès : « Ah oui, c’est un film japonais… »
On sait tous ce que cela veut dire. On sait qu’on sera dans une autre culture, une autre mentalité que celle à laquelle nous sommes habitués, et donc que l’étrange sera un paramètre supplémentaire parmi le gore et l’extrême. Brutal n’est pas une exception.
Un homme misogyne tueur de femmes rencontre une femme misandre tueuse d’hommes. Le sang est omniprésent et leur romance prend forme dans une atmosphère ultraviolente. Pourtant, certains plans sont très beaux et assez intimistes car cadrés de manière très serrée, et l’histoire qui finit par lier les deux personnages à la fin du film est presque émouvante ! Il paraît qu’une spectatrice a pleuré d’émotion à la sortie de salle et, en réalité, ça ne m’étonne pas du tout. Malgré tout l’enchaînement de meurtres que l’on voit, sur fond de musique un peu « metal », malgré cette brutalité dans le propos, on finit par s’attacher aux personnages et à ce qui les lie, leur point commun (no spoil).
En bref, pour moi le meilleur film de la soirée, qui recevra également le prix du public. Également le dernier car après le trajet depuis Nantes et une journée à Paris dans les pattes, je m’endors sur mon fauteuil. Je loupe malheureusement Clownado, bien que le film aurait peut-être pu me réveiller un peu, pour plutôt rejoindre les bras de Morphée.

Prout Ah bah là par contre c’est grosse claque ! Assurément mon film préféré de tout le festival, Brutal est un film japonais de Takashi Hirose, son tout premier long métrage en fait. C’est violent, gratuit, chorégraphié par le mal, dans le délire des earlyKinji Fukasaku ou Takeshi Miike. Deux psychopathes aux mœurs déviants, un homme, une femme, s’adonnent au meurtre sans fioriture par dégoût pour l’autre sexe. Ils se retrouvent ensemble dans une fable romanticogore des plus explosives au majestueux final pratiquement plus tragique et touchant qu’horrifiant. Ça va vite, très vite, dans une ambiance rock’n’roll survitamée. Bon plan !

 

CLOWNADO

Prout Dernier film de la nuit du samedi, je ne m’étais pas encore assoupi jusqu’ici, du coup j’y ai cru jusqu’à la fin. Mais c’est là que l’ennui le plus total s’est installé. C’est con, j’y croyais vraiment. Un film de clownploitation chaînon manquant entre Sharknado et Les Clowns Tueurs Venus d’Ailleurs, je ne pouvais qu’avoir la gaule d’avance en lisant le synopsis. J’y ai vraiment cru hein ?! Des clowns enfermés dans des tornades, un sosie d’Elvis black qui fait du Kung-Fu, des nains, des grosses gothiques dégueulasses (oups pardon, des modèles alternatifs), tout me paraissait bien dans le délire. Mais finalement le film est servi par une narration désastreuse, un côté nanar trop assumé (donc pas nanar quoi), et un simple retour à l’hémoglobine en gros plan non-stop. Bref, un vide intersidéral, sans même de champ de Higgs pour remplir un peu l’espace.
 

C'est ainsi que la nuit se termine, et le petit matin pointe le bout de son nez. On se retrouve le lendemain pour les séances de courts-métrages...

Lire le jour 1 - Framed & House Of Flesh Mannequins
Lire le jour 3 - Courts métrages