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Album

09/12/14 - U-Zine

Celtic Frost

Monotheist

LabelCentury Media
styleDoom Black Thrash
formatAlbum
paysSuisse
sortiemai 2006
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

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Seize ans qu’on attendait un successeur au pourtant prometteur Vanity / Nemesis. Quatorze ans que Celtic Frost était en stand by. Il s’est passé pas mal de choses entre temps concernant la composition de la formation suisse. Exit Curt Victor Bryant et Stephen Priestly et bienvenu à Erol Unala à la guitare et à Franco Sesa pour la batterie. Mais le noyau dur est toujours là avec Martin Eric Ain et Tom Gabriel Fischer (ou Warrior ou encore Jamais-Sans-Mon-Bonnet, c’est selon), ce qui laisse planer quelques espoirs quant à la qualité de ce Monotheist surtout quand on connaît l’importance de Martin. L’album de 1988 Cold Lake en atteste. Alors qu’il avait mis Celtic Frost entre parenthèse, le groupe s’était royalement vautré auprès de la critique et des fans.
La sortie courant 2006 était donc un petit évènement dans le monde du Metal entier. Le groupe est, en effet, est la principale influence d’une quantité importante de groupes extrêmes. Preuve en est plus d’une centaine de formations comme Opeth, Vader ou encore Marduk ont repris leurs divers tubes (« Circle Of The Tyrants », « Procreation ( Of The Wicked ) » ou « Dethroned Emperor » pour n’en citer que trois.).

C’est donc par curiosité que j’acquis ce Monotheist ainsi que pour savoir d’où venait la réputation du groupe. Et bien, au niveau des albums inécoutables d’un trait, on peut difficilement faire mieux. Le son est vraiment très indigeste. C’est incroyablement crade et pachydermique. Tellement que son voyage dans le placard fut long, très long. Mais pourtant, le visionnage du clip pour le titre « A Dying God Coming Into Human Flesh » et la lecture de toutes ces critiques dithyrambiques sur ce cd, m’ont donné l’envie de lui laisser une seconde chance.
Après une bonne dose d’écoutes, il était temps de se rendre compte de l’évidence, je m’étais royalement trompé. Monotheist est tout bonnement une des sorties phares de l’année 2006.

Il est vrai que le son n’aide pas à apprécier. Mais aussi qu’aucun point d’accroche n’est présent sur le disque. Même si les titres sont généralement courts, il n’y a pas vraiment de passages mémorisables et l’on retrouve très peu de mélodies. La durée de l’album ne joue pas non plus en sa faveur avec environ une heure quinze au compteur, ce qui ne donne pas l’envie de rappuyer sur play lors des premières écoutes.
Les trois morceaux les plus faciles d’accès sont à mon sens les deux premiers « Progeny » et « Ground » ainsi que « Ain Elohim ». On retrouve sur ceux-ci une musique assez proche de ce qu’a fait Celtic Frost à ses débuts lorgnant donc vers du Black/Thrash (Attention ! Gardez en mémoire que je parle du style durant les années 80 qui est incontestablement plus lent que celui d’aujourd’hui). Cependant, ces titres donnent une fausse image de l’album car avec « A Dying God Coming Into Human Flesh », le rythme se ralentit et nous voici dorénavant plongé dans un Doom à forte personnalité. Les suisses ont, en effet, réussi à allier parfaitement leur style originel avec le Doom. Il faut dire que le son, parfaitement travaillé par le groupe et Peter Tagtgren (Hypocrisy, Pain, Ex- Bloodbath), aide vraiment le mélange entre ces divers styles.

On se retrouve plonger durant plus d’une heure dans des catacombes assistant à une sublime messe noire d’une lourdeur à toute épreuve et qui se veut parfois fataliste (« Obscured », où l’on note la présence d’une chanteuse, Simone Vollenweider) et des rares mélodies de l’album qui aident ce ressentiment, pour un résultat d’une beauté à vous en mettre la larme à l’œil). Le point d’orgue de Monotheist sera sans nul doute le Triptyque final avec « Totengott » en guise d’entrée, « Winter » en dessert et surtout la pièce maîtresse « Synegoga Satanae » : Une incantation en trois langues (Anglais, Allemand, Latin) de plus de quatorze minutes où identifierez quelques invités de prestiges dont Satyr (chanteur de Satyricon) ou Peter Tagtgren himself. L’album se termine sur « Winter », un morceau de pure musique classique à base de violons, d’alti et autres violoncelles sur lequel on ne retrouve aucun membre du groupe. Cela montre l’amour des suisses pour cette musique. D’ailleurs vous découvrirez des éléments classiques sur quelques titres tels « Os Abysmi Vel Daath » ou « Synagoga Satanae ». On trouve également des influences Indus sur « Drown In Ashes » et plus particulièrement sur « Totengott » sur laquelle, il n’y a aucun instrument. Ces programmations rajoutent un sentiment d’extrême souffrance à l’ensemble. Ce qui donne un album très riche dont je n’ai pas fini de déceler les secrets. Mais cette richesse en fait une expérience très éprouvante pour votre mental et il est même difficile de l’écouter plus d’une fois par jour.

Bref avec ce Monotheist, Celtic Frost a démontré que sa reformation n’était en aucun cas une supercherie comme celle par exemple de Terrorizer. Les zurichois ont su renouveler leur musique tout en gardant les éléments qui ont fait leur succès quand ils étaient encore les maîtres du Metal Extrême. Cependant ce son crade et son coté indigeste aux premières écoutes feront que tout le monde n’appréciera pas cet album et ce malgré ses qualités indéniables et son homogénéité d’un point de vu qualitatif. Mais le groupe a réussi ce qu’il voulait faire : Plonger l’auditeur dans un profond malaise durant toute la durée de l’album. Une réussite pour cet album qui restera comme une epitaphe pour le groupe désormais séparé...

1- Progeny
2- Ground
3- A Dying God Coming Into Human Flesh
4- Drown In Ashes
5- Os Abysmi Vel Daath
6- Temple Of Depression
7- Obscured
8- Domain Of Decay
9- Ain Elohim
10- Totengott
11- Synagoga Satanae
12- Winter ( Requiem, Chapter Three : Finale )