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jeudi 27 septembre 2018 - Nostalmaniac

Worhs

Willow

Nostalmaniac

Le Max de l'ombre. 29 ans. Rédacteur en chef de Horns Up (2015-2020) / Fondateur de Heavy / Thrash Nostalmania (2013)

Bien connu de nos lecteurs pour avoir collaboré avec le site pendant quelques années, c'est néanmoins en tant que musicien et véritable électron libre qu'Hugo et moi avons pu discuter pendant une heure avec Willow, fondateur et multi-instrumentiste de Worhs. Passé de one-man-band à duo, le projet a sorti un nouvel album début septembre : « Ballerine Sourde ». En gardant l'art de suprendre, Worhs offre un album toujours ancré dans le Black Metal, empli d'émotions aussi bien musicalement qu'au niveau des textes, et surtout plus abouti que jamais ce qui leur permet d'éclore véritablement en dépit de certaines réactions virulentes sur leur esthétique...

 

 

Nostalmaniac : Bonjour Willow ! Pour commencer, peux-tu revenir sur l’historique de Worhs ?

Willow : L’historique de Worhs c’est un peu le groupe que je fais dans ma chambre depuis ma plus tendre adolescence, et même depuis mes 12-13 ans. La première démo de ce qui peut être le Worhs d'aujourd'hui, je l’ai faite quand j’avais douze ans et puis après, j’ai fait toutes sortes de trucs. J’ai composé des albums plus ou moins médiocres en gros. Par la suite, j’ai rencontré un mec, un Turc qui s’appelle Emir Toğrul. Dans le cadre de mon émission Metalliquement Vôtre, je l’avais interviewé et on s’est beaucoup beaucoup rapproché. Au final, on a décidé de faire un album ensemble et donc ça a été le premier album de Worhs (« Le Temps des Blasphèmes » en 2014) mais à l’époque ça s’appelait Destroyers of History. Et puis… on s’est foutus sur la gueule pour des conneries d’histoires de label ! J’avais très peur qu’il sorte l’album par ses propres moyens, car c’est lui qui avait le master, donc je l’ai vite réenregistré moi-même, ce qui explique le son absolument dégueulasse de cet album. Ensuite, j’ai eu un deuxième album qui a été fait un peu à l’arrache de la même manière quelques années plus tard, c’est « Partir/Détruire » (2016) qui est quand même meilleur. Par la suite, j’ai rencontré Nijmaa qui a fait de la batterie en membre session sur l’album qui vient de sortir et qui a déjà co-composé sur le quatrième album qu’on vient d’enregistrer, mais ça on pourra y revenir...
 


Hugo : Worhs propose une musique très portée sur les émotions, aux textes que l’on imagine éminemment personnels. Aussi, pour toi, est-ce que composer va de pair avec un certain vécu ? Un regard sur la vie, le monde ?

Oui, effectivement il y a quelque chose de très personnel et je m’investis beaucoup dedans si c’est la question. Parfois un peu trop et à tel point que je finis par me faire du mal bêtement, mais jamais ‘pas assez’. Il y a jamais un moment où je compose un son avec légèreté en lâchant prise, en me disant « allez, on est là pour se marrer ». Je n’appréhende pas les choses avec légèreté et je m’investis beaucoup dedans encore une fois.
 

Nostalmaniac : J’ai un peu l’impression que c’est le vrai premier album de Worhs, ou du moins le plus abouti, est-ce que tu le ressens comme ça aussi ?

Oui et non. En gros, pour moi le vrai premier album de Worhs, c’est « Partir/Détruire ». Le premier 'album', « Le Temps des Blasphèmes », je le considère presque comme une démo. C’était ce qui m’a permis de me lancer et de me dire que je peux faire des albums, sortir des trucs. « Partir/Détruire » il a été enregistré dans de meilleures conditions et pour le coup je me suis beaucoup plus investi dedans. Il n’y avait pas d’histoire de concept-album ou je ne sais pas quoi. C’était moi et c’est un album qui est sincère auquel je tiens beaucoup. Je suis encore très fier des compositions et pour tout te dire, on est en train de le réenregistrer en acoustique en réadaptant toutes les compos bien sûr. Pour revenir à ta question, je ne dirais pas que c’est le premier vrai album de Worhs, mais c’est le premier album qui est audible sans faire la grimace à cause du son.
 

Nostalmaniac : Le projet prend une autre dimension aussi. Ce n’est plus un simple projet solo...

Oui, maintenant j’ai un vrai batteur ! Sur « Partir/Détruire » c’était moi.
 

Nostalmaniac : Par rapport à l’image du groupe, la photo promo a suscité des réactions parfois très virulentes. Il y a aussi de l’étonnement. Une question qui démange, c’est de savoir si c’était un objectif de provoquer ces réactions ?

Déjà le jour où on a fait l’image promo, on ne l’avait pas prévu. En gros, on est allé chez Maxwell, qui a fait la pochette du précédent album et de celui-ci, et à la base, on y est allé pour faire la pochette, rien d'autre. Puis finalement, on s’est retrouvé à faire un espèce de clip à l’arrache pour le morceau 'Qui es-tu Antigone ?', qui ne va pas sortir, car il est particulièrement raté et ensuite on a fait une photo promo pour se marrer mais c’était aussi une sorte d’hommage au gothique un peu cringe fin 90/2000. On voulait une image bien kitsch, mais en même temps ça nous représente bien. Le kitsch, je me reconnais à 100 % dedans. C’était vraiment un hommage à une vieille scène goth qui a un peu disparu, mais qui me faisait fantasmer quand j’étais au collège tout simplement.

 


 

Nostalmaniac : Kitsch et décadent à la fois...

Oui, exactement mais après l’objectif c’était pas de faire râler. Je pensais que les gens comprendraient l’idée de l’hommage. Franchement, quand je vois certaines personnes râler, dont certains membres de groupes bien connus, c’est amusant, car ils avaient les mêmes gueules sur leurs photos promos à l’époque ! Ca ne m’a pas bousculé plus que ça mais ils ne se rendent pas compte que c’est eux qui font ma promo. Avec l’imbroglio des commentaires, le nombre de vues sur le single a quintuplé...


Nostalmaniac : Tu t’en sers bien, oui...

Evidemment que je m’en sers. Il faut au moins que j’en tire quelque chose !


Nostalmaniac : Il y a aussi le fait que tu étiquettes simplement ta musique « Black Metal » sans y ajouter post ou autre chose à côté...

Oui, je pense aussi que ça joue. Après pour moi « Post-Black Metal » c’est une étiquette qui m’emmerde, car elle veut tout dire et rien dire finalement. Je me rappelle qu’en 2011 ou 2012 on mettait Alcest dans le Post-Black, The Great Old Ones et Deafheaven aussi. Au bout d’un moment ça ne veut plus rien dire.


Nostalmaniac : Oui, c’est un fourre-tout...

Tout ce que je sais c’est que « Ballerine Sourde » c’est Black Metal car c’est ancré dans le Black Metal. Pour le reste, c’est comme ça vous arrange.

 


Nostalmaniac : Il y a indéniablement aussi une vibe post-punk dans ton Black Metal mais aussi quelque chose qui renvoie au Black français d’antan. La guitare sèche dans ‘À l'Est : la Nécrose’ donne une ambiance que je retrouve dans les premiers Seth par exemple, ce Black chanté en français, sombre mais mélodique.

En fait la vieille scène Black Metal française avec les riffs mélodiques que tu retrouves aujourd’hui à profusion du côté de Sargeist, c’est quelque chose qui m’a vraiment inspiré au niveau des riffs mais aussi de la batterie. C’est quelque chose que tu retrouves énormément sur le premier et le deuxième album et un peu moins dans le troisième qui vient de sortir, mais c’est une influence majeure pour moi.


Hugo : Tu as peut-être synthétisé pas mal d’influences et puis aussi des groupes qui sont quelque part très singuliers. Worhs est un groupe atypique ne serait-ce que par l’image qu’il renvoie, ou musicalement aussi, car tu as une touche très personnelle. Les groupes atypiques ont toujours existé dans la scène Black surtout en France avec des projets comme Nuit Noire ou ceux des Légions Noires. En plus d’une influence, tu revendiques un certain héritage de ce Black Metal là qui serait peut-être l’ossature de Worhs ?

Oui et non car ça va piocher dans énormément de choses. Tu vois, Worhs, contrairement à WDNxH, notre projet musique 80’s pour danser où on est vraiment enfermé dans un style, Worhs c’est quelque chose pour lequel on a aucune barrière. Si demain on compose un passage salsa dissonant qui nous fait tripper, il sera dans l’album. Il n’y a aucune barrière ! Que ce soit Nijmaa ou moi on écoute énormément de choses. Je vais dire que le Black Metal, il finit presque par passer au second plan au niveau de nos influences, mais non, je ne me revendique pas d’un héritage. Que ce soit Les Légions Noires ou quoi que ce soit, c’est des groupes que j’aime et qui m’ont aidé pour me construire dans ma prime jeunesse et encore aujourd’hui j’adore les écouter, mais ça ne va pas chercher plus loin.
 

Nostalmaniac : C’est quoi ta vision du Black Metal aujourd’hui ? Il y a une frange pour qui le Black Metal n’est plus assez dangereux et qui est prête à s’allier à n’importe quoi...

Écoute, ce que je peux dire, c’est que le Black Metal quand je l’ai découvert, c’est le truc qui m’a fait rêver, fantasmer, qui m’a aidé à bâtir un imaginaire qui a été très important pour moi. Quand j’ai appris à connaître le Black Metal et que j’en ai rencontré les acteurs, au travers de Metalliquement Vôtre notamment et de divers médias pour lesquels j’ai pu bosser, ça a été la plus grande désillusion de ma vie, je pense. Je me suis rendu compte que comme beaucoup de milieux, c’est un milieu de grandes gueules. Les gens parlent beaucoup, mais n’agissent pas. J’ai un peu décroché, je ne vais pas te mentir. Je suis surtout resté fixé sur ce que j’écoutais à l’époque et j’ai du mal à découvrir de nouvelles choses et à accrocher autant qu’à l’époque. Justement, maintenant, je suis un peu bercé par cette désillusion qui fait que je ne peux pas m’empêcher de penser à « l’autre côté ».


Nostalmaniac : Tu dis donc que c’est mieux de ne pas trop en savoir sur les artistes qui nous fascinent et de garder du mystère…

Totalement ! Moins tu en sais, mieux tu te portes.


Nostalmaniac : Ce qui est assez compliqué de nos jours. T’as par exemple la vie et les états d'âme de Varg sur Youtube...

J’avoue... Même Varg c’est devenu un soi-disant géologue sur Youtube. Quand j’étais ado et que je voyais les images de Varg au tribunal qui se marre à l’énoncé de sa sentence, c’était un truc de fou. Maintenant, c’est juste risible avec son ‘Let’s find out!’. C’est devenu des mèmes d’internet et ça fout la haine.


Nostalmaniac : Tu as reçu des menaces ?

J’ai pas vraiment reçu de menaces mais je vais te dire que je suis coutumier. Déjà à l’époque où je faisais 2guys1tv et Metalliquement Vôtre ça faisait chier certains métalleux. J’ai l’habitude d’en voir chialer à mon sujet...


Nostalmaniac : Ce n'est pas en tant qu'électron libre que tu te sens le mieux ?

Ah mais si totalement. Être attaché à cette communauté ça ne m'intéresse pas ! Elle est complètement consanguine, tu vas voir les mêmes groupes sans intérêt en permanence avec les quatre mêmes membres de groupe qui switch. Ca ne m’intéresse pas. Si je suis un électron libre et qu’ils me rejettent, honnêtement tant mieux et puis de toute façon leurs commentaires Youtube me font une excellente promo.


Nostalmaniac : Pour en revenir à l’album, évoquons les textes. J’ai toujours aimé ta façon d’écrire comme tu le sais et c’est donc tout naturellement que je trouve que c’est un atout majeur de l’album. Ce n'était pas vraiment le cas avec le tout premier... Dans quoi tu puises pour les écrire, mis à part évidemment ton ressenti ?

Au tout début avec « Le temps des blasphèmes » il y avait une espèce de concept à la con que je regrette un peu sur fond de Turquie.
 

Nostalmaniac : Tu regrettes car c’était pas maîtrisé ?

Oui c’était un sujet que je ne connaissais pas et c’était n’importe quoi. Mais sinon pour les textes des derniers albums, c’est très porté sur l’introspection. La plupart des textes sont écrits à la première personne. Le « Je », c’est tout simplement moi, ça ne va pas chercher plus loin. C’est de la sincérité et je ne retranscris pas les instants les plus drôles de ma vie. On y retrouve l’introspection, du doute et des troubles existentiels.


Nostalmaniac : Sans pour autant te sentir obligé d'aborder certaines choses par rapport à ta musique…

Effectivement et il finit presque par y avoir une espèce de grand Bingo d’une parole de Worhs avec des tournures de phrase qui peuvent revenir d’un texte à l’autre ou des formulations plus ou moins identiques ou qui le sont, je l’assume pleinement. C’est libre et c’est une zone d’expression qui est importante pour moi à la hauteur de toutes les libertés qu’elle m’apporte justement. J’en profite pour décharger tout ce que j’ai à décharger. Le fait d’avoir une musique un peu extrême me permet de ne pas devoir l’enjoliver ni la rendre plus lisse pour m’exprimer. Je peux y aller à fond et ça passe.


Hugo : 'Qui es-tu Antigone ?' est un morceau assez singulier, au concept fort, inattendu au milieu du disque... Peux-tu nous parler de ce titre, son histoire ?

Il faut savoir que les albums sont composés assez vite, ça peut être trois semaines et après, on va faire les arrangements et prendre notre temps pour leur donner une forme correcte. L’armature d’un album se compose assez vite. En fait, tout ce qui nous manquait c’était un interlude à la base puisqu’on avait un autre morceau qui n’est pas dessus car il n’a pas sa place. On voulait un truc de 2-3 minutes un peu à l’arrache. On avait quelque chose, mais c’était pas génial. Il s’avère qu’un jour, j’ai pris un truc - je sais plus quoi - mais ce n'était pas terrible et je me suis retrouvé dans un méga bad trip. L’enfer intégral ! Du coup, j’ai décidé de m’en servir et j’ai attrapé ma basse. Il y avait juste quelque chose de très basique et j’ai fini par construire tout le reste. Dans ma tête, il se passait un truc très industriel, je voyais vraiment les machines avec les pistons qui tombent. Je voulais quelque chose d’extrêmement mécanique. Il y a même la transition qui se fait dans l’album, ‘À l'Est : la Nécrose’ à la fin il y a une espèce de montée bizarre qui mène à ‘Qui es-tu Antigone ?’‘À l'Est : la Nécrose’ il y a vraiment un côté organique dans ce morceau tandis que ‘Qui es-tu Antigone ?’, c’est vraiment le truc de la tête. Finalement, à l’intérieur, il y a tout qui marche de façon mécanique et tu te retrouves dans des imbroglios pas possibles. Au final, j’ai écrit le texte dans la foulée. Bon, forcément, on l’a réenregistré parce que la voix du mec totalement défoncé n’est pas forcément géniale pour la diction. C’est vraiment le texte dans lequel je me fous le plus à poil. C’est pas celui qui me fait le plus marrer car honnêtement quand je réécoute l’album je zappe systématiquement le morceau parce que ça me fout trop mal. C’est quelque chose qu’on m’a beaucoup dit, que ce morceau était très bien, mais qu’il mettait vraiment trop mal, qu’il était dur à écouter attentivement. C’est un morceau très personnel dans lequel je dis tout ce qui ne va pas. C’est un morceau un peu « cry baby », regardez comme ma vie est triste, mais en vrai ça m’a fait du bien de le faire et de décharger tout ça. C’était en pleine période où je faisais une grosse psychanalyse donc il y avait beaucoup de choses qui venaient de sortir dans ma tête et j’avais du mal à mettre de l’ordre. Ca m’a permis aussi de synthétiser le truc pour ma vie perso.


Hugo : Dans Worhs, les paroles semblent guider la musique…

C’est du processus, mais il y a un peu tous les cas de figure qui existent. Ca arrive que j’écrive le texte puis en fonction du texte, que j’écrive la musique. L’inverse aussi et parfois les deux en même temps. Néanmoins, je ne pose jamais un texte à l’arrache sur un morceau.


Hugo : Ballerine Sourde est le troisième disque du groupe. Est-ce qu’il y avait une volonté de former une trilogie ? On peut ressentir pas mal de similarités esthétiques, musicales, voire faire des parallèles entre les titres concluant les disques ('La Mémoire profanée', 'Ces Animaux Disparus' et 'Les Cadres Fendus')

Je ne vais pas te mentir, j’ai réalisé un peu tard que ‘Ces Animaux Disparus’ et ‘Les Cadres Fendus’, c’était exactement le même morceau avec la même construction. Ce sont des choses qui arrivent, je suppose. Il y a des similitudes musicales, ne serait-ce que par ce que c’est moi qui ai écrit les trois à 100 %. En tant que musicien, j’ai mes limites, des limites qui sont assez vite perceptibles. Du coup, je n’ai pas un champ des possibles si élevé que ça. Je pense pas qu’on puisse considérer les trois albums comme une trilogie. Ici, on a terminé d’enregistrer le quatrième album qui sera très différent. Il va piocher dans un tas d’autres trucs donc il a vraiment rien avoir. À ce compte-là, oui, je veux bien dire que les trois premiers forment une sorte de bloc à part, mais il n’y avait pas de volonté de relier les trois.

 


Hugo : On peut imaginer que pour ce quatrième album, Nijmaa a un plus grand rôle notamment dans la composition...

Effectivement pour le suivant il a composé. On a fait 50/50, on a tout composé ensemble. Il y a énormément de Hardcore. C’est un album beaucoup plus énervé, moins contemplatif. On y retrouve du Doom aussi et la base Black Metal elle n’est plus si présente que ça...


Nostalmaniac : Hardcore sombre...

Oui, on a beaucoup écouté Kickback et ça s’entend !


Nostalmaniac : Un autre aspect c’est par rapport à l’autoproduction qui n’est pas vraiment un choix. Tu cherchais un label à un moment... Tu as des pistes qui se concrétisent ?

En fait, non. Ce qui s’est passé, c’est que je suis un flemmard, je n'aime pas envoyer des mails. Un jour, je me suis pris par la main alors que l’album était déjà fini depuis un moment, j’ai envoyé des mails. J’ai reçu plein de retours positifs, mais que de labels qui étaient plein. Au final ça m’a saoulé donc j’ai laissé tomber puis on est tellement déjà passé à autre chose avec ce quatrième album à venir que j’ai la flemme de me remettre le nez là-dedans. On s’est dit qu’on ne faisait pas vraiment de la musique pour avoir un objet dans les mains donc on la juste balancer sur des plateformes de streaming et voilà. En vrai si un label veut le sortir en CD on est chauds mais on a la flemme de faire les démarches pour.


Nostalmaniac : Il y a des labels qui te plaisent plus que d’autres ou tu t’en fous ?

J’ai juste pas envie de partager un roster avec des groupes fafs et de me retrouver dans le même kit promo. C’est juste ça basiquement. Le label sur lequel j’adorerais sortir un truc, c’est Distant Voices (Ndlr : label basé à Toulouse) mais ça viendra un jour bien que je pense que Worhs n’ait pas une esthétique très appropriée. En fait, je n'ai pas vraiment de label en tête où notre esthétique collerait. On verra bien, mais ce n’est pas une source de préoccupation majeure pour moi.


Nostalmaniac : C’est ton album le plus abouti donc pouvoir l’avoir physiquement, ça peut être important...

Oui bien sûr et il y a moyen d’en faire quelque chose de joli. En fait, que ce soit Nijmaa ou moi, on fonctionne vraiment sur l’instant donc si on fait quelque chose, il faut qu’on enchaîne sur quelque chose d’autre sinon après ça tombe dans les oubliettes. L’album vient de sortir et j’ai l’impression d’en parler comme s’il était ancestral, mais pour la plupart des gens il est tout neuf. Ca fait plus d’un an qu’on l'a dans les pattes et entre-temps, on a fait d’autres trucs. En gros, on a déjà un peu tourné la page. Si quelqu’un arrive à nous remettre le nez dedans, on sera vraiment chauds d’en faire quelque chose évidemment, mais là, on a rien.


Nostalmaniac : Et par rapport à une incarnation live, ça vous intéresse ?

On a fait un seul concert, c’était avec Nuit Noire et Aluk Todolo au Buzz de Paris en juillet 2015. Il n'y avait que le premier album qui était sorti et j’avais joué tout seul. J’étais content et je voulais refaire ça, mais le format était assez inintéressant. J’ai constaté que pour les gens dans le public, et même pour moi ce n'était pas si passionnant. À la base, Nijmaa m’avait rejoint pour des live. On devait faire ça à deux et on a avait réadapté des morceaux en les jouant plus rapidement, plus punk. Seulement c’est pareil, ce n’était pas si intéressant que ça et ça nous faisait passer à coté d’un million de choses et je trouvais ça dommage de se fixer là-dessus. C’était un trop beau compromis. Là, on est un peu en face d’une impasse, car on est vraiment un groupe de studio. On va toujours mettre 25 000 pistes avec des petits détails dans le son. Le seul truc qui serait intéressant, c’est de jouer avec un backtrack et des bons musiciens et de faire un truc super carré. Mais on n'a pas envie de s’investir là-dedans, d’autant plus qu’on a le quatrième album qui arrive. Il est super technique, aussi bien à la batterie qu’à la guitare ou à la basse. Je crois que Nijmaa ou moi, on n’a pas le niveau pour l’assumer en live donc je pense que Worhs va rester un projet studio, hélas. À moins qu’on trouve un jour des musiciens qui joueront nos morceaux et on regardera le concert depuis le public en se masturbant (rires).


Nostalmaniac : Tu disais que le Black Metal ne t’intéresse plus vraiment mais c’est quoi tes derniers coups de cœur récents ou moins récents ?

Pour l’instant j’écoute 97 % de Magma ou de Christian Vander en solo. D’ailleurs, si vous ne le savez pas, Christian Vander a sorti un album pour enfants. Pour enfants, selon Christian Vander c’est pas rien évidemment ! Il y a des reprises de ‘J’ai du bon tabac’ ou ‘Dodo l’enfant do’ mais ça fait juste peur, c’est absolument terrifiant avec des harmonies dissonantes. En vrai, tu peux traumatiser n’importe quel enfant avec ça, mais c’est terrible ! Tout ça pour dire que j’écoute beaucoup Magma et Christian Vander. Ça fait longtemps que j’écoute, mais là je me suis vraiment passionné pour ça. J’ai découvert un univers qui me touche à un point inimaginable. J’écoute beaucoup aussi John Coltrane. Il y a un album qui a été retrouvé chez son ex-femme il y a quelque temps, ils l’ont appelé « Both Directions at Once ». C’est vraiment un album transitoire entre sa période jazz un peu classique et sa période où ça part en couilles et il est incroyable. Sinon… j’écoute Indochine énormément, mais aussi beaucoup de hardcore et de rap comme toutes les personnes de ma génération, je crois.


Nostalmaniac : En tant que musicien, faire une reprise à ta sauce c’est un challenge qui t’intéresse ?

On a toujours le projet avec Nijmaa, la Java Grise, ça a l’air mort mais c’est juste qu’on s’en occupe pas. On en a plein de reprises dans les tuyaux. Pour déconner on va faire une reprise de MMZ, un projet de rap des Tarterêts. On va reprendre ‘Dernier souffle’, c’est un morceau de leur premier album qu’on va reprendre en Black Metal. Le refrain est ultra épique ! On a juste le refrain justement pour le moment, mais ça déglingue. Avec un autre projet WDNxH, on va reprendre Lil’ Peep, une reprise d’Amesœurs aussi que j’ai déjà fait sur scène pour le premier concert de WDNxH à Nantes.


Nostalmaniac : Quel titre d’Amesoeurs ?

‘Les ruches malades’ ! Incroyable morceau. Il passe tout seul, lui il y a rien à modifier. Tu prends la même ligne de basse, la même batterie, tu la mets en électronique, tu prends le même chant et ça passe. C’est déjà un morceau qui danse à la base. J’adore faire des reprises…


Nostalmaniac : Je viens de me souvenir que tu avais repris ‘Sommer’ de Nargaroth avec Worhs…

Oui, on a aussi ‘Seven Tears...’ qui est enregistré. Il ne manque que la voix. On a aussi repris ‘No Surrender’ de Kickback qui est enregistré. Il faut juste des retouches à la batterie. Bref, on a plein de reprises en stock. Je ne sais pas si ce sera pour Worhs, mais sortira sûrement un EP avec des chutes studios, cette reprise de Kickback et aussi une reprise de Decline of the I. On a le début de la reprise depuis 3 ans et maintenant, on doit faire la fin puis on est très potes avec A.K. de Decline of the I. Maintenant, j’attends le jour où Merrimack fera une reprise de Worhs ! (rires).

 


Nostalmaniac : Il y a des reprises inattendues par d’autres groupes qui te plaisent ? Je pense à ‘Les Tzars’ d’Indochine repris par Anorexia Nervosa...

Ah ouais ! Elle est incroyable… Sinon, tu me prends un peu de court, mais il y en a évidemment comme ce groupe de RABM qui avait fait une reprise d’un chant russe. C’est excellent. Je pense aussi à un groupe de cold wave qui avait repris ‘Si j’avais un marteau’ de Claude François. (Il réfléchitDeath In Rome qui a repris ‘Summertime Sadness’ de Lana Del Rey aussi… En metal extrême, je préfère des reprises de groupes de metal extrême par des groupes de metal extrême. Finalement ça apporte rarement quelque chose, mais j’aime bien l’idée.


Nostalmaniac : Pour finir cette interview, une vraie question de journaliste (rires). Si tu dois prendre trois mots pour définir Worhs ?

Queer en premier lieu. La thématique du genre est importante pour moi et dominante dans Worhs. Atypique car j’ai bien conscience qu’on peut être surprenant. Et en dernier je dirais… Moustachu ! C’est le pire truc que je pouvais dire, mais je ne sais pas quoi dire de mieux.


Nostalmaniac : Je te laisse conclure…

On va continuer sur cette même lancée. On va continuer d’être queer, continuer à aborder des thématiques de genre, continuer de faire des photos promos qui font chier. On invite ceux que ça n’intéresse pas à passer leur chemin. 
Merci Horns Up, c’est la mifa ! C’est un plaisir de faire cette première interview de Worhs avec vous. Je suis aussi beaucoup occupé avec WDNxH. On a sorti des morceaux récemment avec une pochette délicieuse. On va faire un album et on verra ce que ça donne, mais on a quelques concerts de prévu.


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Interview réalisée en septembre 2018.