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vendredi 10 août 2018 - Team Horns Up

Brutal Assault 2018 - Jour 3

Fortress Josefov - Jaromer

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Nostalmaniac : Nous attaquons donc le troisième jour du festival avec un programme toujours alléchant, jugez plutôt : Sadistic Intent, Harakiri For The Sky, Grave Pleasures (et oui), Azarath, Wrathprayer, Aluk Todolo, Dragged into Sunlight, Misþyrming, Behemoth, Carpathian Forest ou encore Malokarpatan.

On notera cette année une programmation cinéma toujours aussi... attrayante. Difficile bien sûr de concilier le festival déjà très exigeant niveau timing et les films mais pour le peu qu'on puisse prendre une pause entre deux concerts, ça vaut le coup, d'autant que c'est assez varié. Citons parmi les films programmés des classiques comme Starship Troopers de 1997, Phantasm II de 1988, Tenebre de 1982 et Suspiria de 1977 mais aussi des nanars insoupçonnés comme ce Deathstalker de 1983, sorte de Conan argentin au rabais aussi hilarant que surréaliste. 

J'ai également découvert l'expo dédiée aux fanzines dans le nouvel espace Bastion X. Un bond dans le temps : même si on y retrouve essentiellement des fanzines tchèques des 90's, il y a également des pages de fanzines de toute l'Europe. Ce qui évidemment s'adresse aux plus passionnés mais qui permet de donner un aperçu de l'importance de ce média qui a permis de faire éclore bon nombre de formations devenues incontournables. Une initiative qui fait également écho à quelques conférences sur le sujet et à la présence de Ross Dolan d'Immolation, invité d'honneur du festival tchèque. Pour le coté amusant, il y avait la possibilité de faire la mise en page de son propre fanzine en se servant de la photocopie d'une page d'un vieux fanzine sur lequel figure Immolation. Une feuille blanche, des ciseaux, un bâton de colle et hop!

Passons maintenant à nos récits des live de ce fameux jour 3... C'est parti!

 

JOUR 3
 

E-Force
Jägermeister
12:50

Nostalmaniac : J’avais coché depuis longtemps le concert de E-Force qui inaugure pour moi cette troisième journée. Un nom qui ne doit pas dire grand chose à grand-monde mais il s’agit du projet du musicien canadien Eric Forrest qui fut vocaliste/bassiste de Voivod de 1994 à 2001, succédant à Denis Bélanger (qui reviendra au bercail en 2002). Ce qui n’est évidemment pas, il me semble, l'ère la plus connue du groupe québécois mais elle demeure très intéressante à une période où beaucoup de groupes Metal expérimentaient pour le meilleur et bien trop souvent le pire il faut bien l’avouer.
Dans le cas de Voivod, et au contraire des pochettes, il n’y a rien à jeter. Après une trilogie clairement prog, le son de Voivod devient beaucoup plus moderne et industriel (l’influence de Ministry? ) avec la venue de Forrest. Et comme je l’avais entendu dire, E-Force (dont je ne connais pas les albums, my bad) va jouer uniquement des titres du Voivod de cette période. Parfait! Malgré le peu de temps de set, la bande à Forrest va donc reprendre quelques uns des meilleurs morceaux de « Phobos » (1997) et « Negatron » (1995), et évitons tout suspens car c'est plutôt convaincant. J'ai vraiment beaucoup écouté et apprécié « Negatron » avec son côté thrash déstructuré, mécanique et bizarre. Des riffs syncopés, des plans techniques, beaucoup d’intensité et une certaine froideur mécanique, tels sont les ingrédients que je retrouve en live avec un Forrest qui maîtrise aussi bien sa basse que sa voix. Les autres musiciens n'ont pas à rougir de leur prestation non plus. Les meilleurs moments seront pour moi “Insect” avec sa ligne de chant et ses riffs robotisés et  "Nanoman" dont le refrain est tellement mémorable. Le projet prépare une tournée avec ce genre de setlist et je ne peux que valider surtout que Voivod ne joue plus en live ce répertoire, qui n'est sans doute pas la quintessence de leur carrière mais totalement digne d'intérêt pour tout fan de metal non conventionnel.

Sadistic Intent
Jägermeister
14:10

Nostalmaniac :  Le groupe californien fait partie des bonnes surprises de cette affiche (qui n’en manque pas). Sadistic Intent, c’est un peu une légende vivante de l'underground et je pense qu’un EP comme « Resurrection » de 1994 devrait être dans la collection de tout amateur de Death Metal. Après 30 ans d’existence et au regard de leur carrière, on ne peut pas dire que suivre les modes et les tendances soit le genre de la maison. En dépit d'un lineup pas toujours stable, les gars de Los Angeles sont toujours restés fidèles à un Death Metal primitif, sombre et viscéralement violent.

De cuir et de clous vêtus, les frères Cortez ont l’attitude qui va avec et propagent rapidement leur vision d'un Death Metal authentique avec leurs classiques que sont les furieux "Asphyxiation", "Ancient Black Earth" ou le plus macabre "Impending Doom" sur lequel le vocaliste/bassiste Bay Cortez est totalement possédé. Un set court mais intensément obscur et d’une redoutable efficacité malgré la lumière du jour en ce début de journée. On aura droit aussi un extrait de leur excellent split avec les Néerlandais de Pentacle"Numbered with the Dead". Un titre vraiment vicieux enraciné dans le Death/Thrash des 80’s et dont la progression et l’explosion de riffs rendent fous. Bref, une démonstration sans concession jouée avec les tripes par un groupe sûrement plus habitué aux petites salles surchauffées mais qui sait en imposer aussi sur une main stage.

 

Harakiri For The Sky
Metalshop
14:50

Hugo : Que de frissons à l’écoute de Trauma, album bouleversant des Autrichiens, paru en 2016. La sincérité est exacerbée, les plaies visibles de tous à la lecture des paroles, et l’ensemble du disque ultra intense. Pour moi, la suite sonna plus forcée, pressée, manquant d’âme. Aussi, ça ne fit qu’alimenter mes craintes en vue de la prestation live de Harakiri For The Sky. Moi qui ai pourtant tant écouté, été pris dans l’univers du groupe auparavant ! Aussi, descendre des groupes et leurs prestations ne m’intéresse pas, mais le show ne marcha pas cette-fois. Et pourtant j’aurais aimé l’adorer, ce concert ! Mais rien ne s’en dégage, tout manque d’âme, de passion, alors que leur musique en studio est empreinte d’une telle sincérité. Le frontman, que j’avais pourtant également adoré dans Seagrave, est bien trop petit pour cette scène, et sa prestation monotone. Monotone, à l’image du concert, en fait, qui ne décolle jamais vraiment. La faute à l’horaire, trop tôt pour le groupe, peut-être ? Au fait de s’être retrouvé en mainstage ? Je doute qu’il n’y ait que ça, et espère sincèrement que mes futures rencontres avec les Autrichiens seront meilleures que celle-là.

Florent : Je vais être très honnête d'emblée : Harakiri For The Sky, sur album, je trouve ça chiant comme la pluie. L'expression est même très adaptée tant j'imagine bien cette musique passer un soir de grisaille en fond sonore pendant que je regarde tomber la « drache » belge à travers la fenêtre. Non, vraiment, ces Autrichiens sont de la pluie musicale. Mais l'anomalie d'un groupe atmosphérique fragile à souhait plaisant à tous mes compères de HU et pas à moi est trop grosse pour que je ne m'obstine pas : jetons un coup d'oeil à ce que ça vaut live.

Et là, c'est le drame : les lignes de guitare, auxquelles je reconnaissais de réelles qualités sur album, disparaissent, perdent absolument toute leur puissance évocatrice, le tout devient (encore plus) linéaire et surtout, le chant est atroce. Faible, faux, sans aucune profondeur, bref, je me fais profondément chier. Sans compter le charisme d'huître de l'ensemble. Un gros plouf, voilà ce qu'est à mes yeux Harakiri For The Sky.

 

Grave Pleasures 
Oriental 
18:00

Florent : Le poto Hugo vous a raconté avec talent ce qui s'est passé la veille : Grave Pleasures a dû écourter son set, pourtant bien parti pour être l'un des meilleurs du festival. La faute à pas de chance. Mais quelle classe de la part de la bande à McNerney d'être restée pour redonner un set complet dès le lendemain ! Et pour le coup,chapeau au Brutal Assault d'avoir rendu ça possible. L'avantage, aussi, d'une Oriental Stage dont les concerts ne commencent normalement qu'aux alentours de 20h... ce qui permet à GP de jouer à 18 !

Histoire de varier les plaisirs, le groupe, qui reprend le concert pour le clin d'oeil sur le morceau qu'ils étaient censés jouer hier au moment de la coupure ( Death Reflects Us, premier des nombreux extraits du parfait Climax de Beastmilk), ne jouera plus la plupart des tubes déjà interprétés la veille, partant assez logiquement du principe que les fans qui sont là aujourd'hui... étaient là hier. Pas de Be My Hiroshima , par exemple, donc. Mais un set quasi 50/50 Grave Pleasures/Beastmilk avec quelques raretés délectables comme Love in a cold world ou The Wind Blows Through Their Skull (Beastmilk) et l'incroyable Atomic Christ. Impossible de bouder son plaisir : c'est que du bonus, et même le fait de vivre ce concert en plein jour et de disposer d'un son moins bon que la veille (on entend à peine McNerney...) n'empêche pas d'admirer à la fois le professionnalisme et l'énergie de Grave Pleasures. La grande classe.
 

She Spread Sorrow
Keep Ambient Lodge
19:15

Hugo : On l’a précisé, le Brutal Assault a cela d’incroyable qu’il propose des expériences lives variées au travers des différentes scènes du festival. La Keep Ambient Lodge, salle plongée dans l’obscurité, remplie de matelas et coussins, propose une programmation largement axée autour des musiques ambiantes. Je m’y rends donc une fois de plus pour assister cette fois au concert de She Spread Sorrow, qui se révéla être une expérience tout à fait singulière. Après plusieurs jours de festival, de fatigue accumulée, j’assiste au concert allongé sur l’un des matelas, les yeux fermés. Ainsi, mon sens principal en action sera bel et bien mon ouïe, qui sera attentive à tous les détails du concert. Les pistes ambiantes caressent mes tympans quand les fréquences basses, elles, traversent véritablement les corps de chacun. Les spoken words réguliers de l’artiste Alice Kundalini, eux, font comme l’effet de voix dans un rêve. Tout le long du concert, j’aurai l’impression d’être entre l’éveil et l’endormissement, comme mis dans une transe hypnotique par la musique. Le concert terminé, la KAL se réveille, et un peu comme Shantidas le premier soir, on ressort du lieu véritablement émerveillés.
 

Azarath
Metalgate
19:40

Nostalmaniac Jaroměř étant à moins d'une heure de la frontière polonaise, il bien normal d'avoir quelques représentants et je ne pense pas m’emballer en disant que Azarath est sûrement un des meilleurs ambassadeurs du Death/Black Metal polonais. C'est une première fois pour moi et la Metalgate me paraît bien appropriée. Au regard de leur discographie et des bons échos que j’ai déjà eus, mes attentes sont grandes.

Malheureusement pour moi, le concert a commencé plus tôt que prévu et m’être éclipsé à la moitié du très bon set de She Spread Sorrow dans un tout autre registre n’aura donc servi à rien. Je remarque néanmoins d’emblée que la Metalgate est bien remplie et j’assiste donc au concert sur le côté ouvert. Porte du Metal et surtout... Porte de l’Enfer grâce aux Polonais qui transforment rapidement l’endroit en un chaudron infernal. On aurait tendance à les comparer à Belphegor mais je trouve Azarath bien plus marquant, sale et dangereux. Les enchaînements de riffs sont particulièrement vicieux (pour ne pas dire diaboliques) et les blast beats sont incessants, donnant une impression de mur de son impénétrable qui ne s'ouvre que pour cracher des paroles anti-religieuses. Hormis le vocaliste/guitariste Skullripper, le groupe qui est plongé dans les lumières rouges n’est pas particulièrement démonstratif mais pas toujours besoin d’en faire des tonnes (comme un certain Belphegor…). L’efficacité est au centre de la musique d’Azarath, plus que l'esbroufe. Citons parmi les incontournables un titre comme “For Satan My Blood” qui m'évoque les premiers Deicide grâce à ce refrain au chant totalement possédé. D’ailleurs, parlons de la setlist qui pioche dans un peu tous les albums des Polonais en n’oubliant évidemment pas le dernier et dévastateur, « In Extremis » paru en 2017. L’extrait “Let My Blood Become His Flesh”, exécuté avec précision, est un vrai brise nuque. La bête ne relâche son emprise qu'une fois les amplis coupés et je suis donc très impressionné à l'issue du concert. A revoir absolument!
 

Wrathprayer
Metalgate
20:55

Nostalmaniac De retour en Europe, Wrathprayer n'a choisi que deux festivals : le Beyond the Gates en Norvège et le Brutal Assault ici-même! Impossible de louper les Chiliens, donc. Sans faire partie de mes groupes préférés dans le genre, leurs prestations sont assez rares (au contraire d'At the Gates qui joue en même temps) et l'enchaînement avec Azarath est parfait. Ce que pratique Wrathprayer est néanmoins plus proche du Black Metal que du Death, beaucoup plus massif que frontal aussi. Le show le sera tout autant. Après avoir vu une orgie de démons, c'est plutôt des tréfonds de l'enfer qu'émerge la performance de Wrathprayer qui nous présente inévitablement de nombreux extraits de leur unique long format « The Sun of Moloch » (2012). Un très bon album qui souffre fatalement de la comparaison avec les titans du genre que sont Teitanblood. Mais voilà, Teitanblood ne fait pas de live et quoi qu’il en soit les Chiliens grimés de noir en imposent sur scène par leur attitude hautaine et conquérante, mais aussi par le son qui est excellent. Un sentiment occulte traverse leur prestation de laquelle je ne décroche pas une seconde. Chaque morceau m’impressionne, l'intensité est folle et il se dégage quelque chose de vraiment barbare. Une terrible leçon...
 

Aluk Todolo
Oriental
21:00

Hugo : Le « A » de l’alphabet Enochien comme seul backdrop, une ampoule comme seul éclairage, et pour le reste : du noir. Ce soir, les Français d’Aluk Todolo, groupe que je chéris depuis ma découverte de leur magnifique « Occult Rock » (2012), s’installent sur l’Oriental stage. Et quelle scène ! Elle semble comme faite pour le groupe, nous plongeant dans une atmosphère baignant dans l’occultisme et le mysticisme. Tous les éléments étaient réunis pour que le show soit magique, et ce fut le cas. « Voix » (2016), dernier album du groupe, sera l’unique pièce jouée ce soir, en intégralité. Et à la manière de l’album qui se veut être un long morceau de 43 minutes, le concert ne subira aucun temps mort ce soir. Littéralement. Jamais le groupe ne s’arrêtera de jouer ses compositions psychédéliques et progressives, et l’intensité fonctionne de manière sinusoïdale : des moments plus aériens nous laissent respirer, quand d’autres nous prennent aux tripes, sont presque écrasants. Les membres du groupe sont comme possédés par leur musique, avec une mention spéciale pour le batteur, et sa technique incroyable, aux yeux révulsés. Les compositions sont si complexes, mais entre leurs mains paraissent si simples, et sans prétention aucune. Le tout semble être comme un exutoire pour les membres du groupe, qui nous entraînent dans l’osmose régnant sur scène. Une transe collective d’un public qui se prendra au jeu, ne sachant vraiment quoi fixer jusqu’à ce que le guitariste décida de s’emparer de l’ampoule et la faire vaciller dans les airs. Ce soir-là, le groupe vécut sa musique avant de la jouer, et ce concert fut un véritable rituel fascinant de mystère et de musique.
 

Dragged Into Sunlight
Metalgate
22:05

Nostalmaniac : Si je devais retenir qu’un seul mot pour résumer la prestation du groupe britannique ce serait “hypnotisant”. Jouant dans l'obscurité devant une grande structure qui assemble des bougies et un crâne de cerf, Dragged into Sunlight est une machine (dans le bon sens du terme) qui atomise son public avec un death/doom très sombre aux frontières du sludge. Les compos sont vicieusement répétitives et s'accouplent avec un stroboscope pour un résultat que je trouve fascinant, aussi bien musicalement que visuellement. J'avais déjà entendu des échos de leurs concerts mais je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi sensationnel. Difficile de mettre plus de mots sur une telle performance. Juste... hypnotisant!
 

Misþyrming
Oriental
22:30

Hugo : Le concert d’Aluk Todolo terminé, alors que l’on plane encore après ce concert d’exception, nous restons devant l’Oriental Stage pour attendre la venue des Islandais de Misþyrming. Fiers d’un premier album presque sorti de nulle part et paru en 2015 (« Söngvar elds og óreiðu »), et qui constituera une bonne partie de la setlist ce soir (l’autre étant constituée de morceaux que je ne reconnus pas, certains semblant être nouveaux), le groupe arrive sur scène tout de faux-sang et charbon bariolé. Bien qu’à mon goût ces tenues dénotent avec la musique du combo (on s’attendait plus à du Black à capuches), elles colleront néanmoins avec le jeu de lumières mis en place durant le set. Comme souvent durant cette édition du festival, le son fut un peu brouillon au début du set pour vite se stabiliser ensuite, voire être très bon. Et ce qui impressionne avec la prestation des Islandais, c’est l’efficacité incroyable du set alors que la formation est relativement jeune. Quoi qu’on dise du côté « hype » de la "scène" islandaise (je ne suis moi-même pas un très grand fan de la plupart de ses protagonistes), force est de constater que le groupe donna ici une vraie leçon de Black Metal. L’attitude y est, rien ne dénote sur le plan musical, et l’on comprend que les musiciens ont écouté leurs classiques et n’ont rien d’opportuniste. Une bonne heure durant, on plonge alors tête la première dans ce set infernal, comme les deux yeux rivés sur une peinture de John Martin. À mon avis, on retrouve parfois la puissance et les structures d’un Deathspell Omega, quand d’autres envolées évoquent davantage la musique de Mgla. Mais ce que prouve le groupe, c’est surtout qu’il a une identité propre à lui, et tend à grandir encore. Il manquerait peut-être encore quelques éléments distinctifs dans sa musique et son show live mais, devant une telle prestation, difficile de trouver des choses à redire.

Raleigh : De toute cette scène de Black islandaise, Misþyrming est la formation qui me parle le plus, l'écoute de son unique album étant toujours un petit événement en soi. Avant de venir voir ce concert, je m'étais un peu renseigné quant à la qualité de la prestation live du groupe, et bien que les vidéos que j'ai pu voir étaient toutes excellentes, certains retours que j'ai eu me certifiaient que ce n'était pas si bien que ça. Sans aller jusqu'à parler d'appréhension, je m'avance donc vers la scène avec mes réserves. Mais qu'importe, hors de question de louper ça. Les Islandais sont déjà là, canettes de Pilsner à la main, en train de faire les derniers ajustements sur leurs instruments. Décidément, j'aurai toujours du mal avec leur style : chemises à manches courtes grises et cendres sur le visage, le tout aspergé de faux-sang. Une fois prêt, le chanteur lâche un ''Let's do this'' parfaitement désabusé, comme s'il regrettait d'être là. Étrange. Mais le set commence, et il est temps de juger de la véracité de ces fameux retours. Déjà, premier problème qui durera deux morceaux. Le son ne va pas du tout, la voix du chanteur est noyée dans le mixage de guitares trop présentes. Le souci est réglé juste à temps pour ''Söngur Heiftar'', un de mes morceaux favoris, mais ça ne prend pas, et ce, jusqu'à la fin du set. Je ne sais pas si c'est ma proximité avec la scène et la saturation qui va avec, mais je n'arrive juste pas à rentrer dedans. Les amis avec qui j'étais, eux, sont conquis, donc impossible de dire si le problème vient du groupe ou de moi. Je serai curieux de revoir Misþyrming en concert, mais dans un set-up peut-être plus approprié, comme en salle.


Behemoth
Jägermeister
23:05

Nostalmaniac : Je dois bien dire qu'au contraire de beaucoup de mes petits camarades Behemoth n’a jamais fait partie de mes groupes de prédilection quand j’étais plus jeune. Tout bêtement l’image du groupe ne m’engageait pas à approfondir. J'ai beau ne pas être si vieux, je suis d'une génération qui n'avait pas accès à tout en un clic (ce qui n'était pas plus mal et permettait de se faire une vraie culture au lieu de tout ingurgiter sans toujours bien comprendre ce qu'on écoute). Mais bref... J’ai néanmoins appris à aimer un peu plus tard des albums comme « The Apostasy » ou « Evangelion » et même « The Satanist » malgré sa prod hyper lisse, mais j'avoue que ce sont surtout les débuts du groupes qui me font le plus d’effet. Ca ne m’empêche pas d’être impressionné par les prestations live que j’ai déjà pu voir en vidéo (comme celle au Hellfest 2014),  mais je n’ai jamais eu l'occasion de voir le groupe en chair et en os. Jamais cherché non plus et encore moins à l'écoute du premier extrait de leur futur album dévoilé peu de temps avant le festival...  Quoi que j'en pense, Behemoth est devenu de plus en plus incontournable sur les affiches de festivals partout en Europe et une nouvelle preuve de cette étourdissante popularité c’est le public en masse devant la Jägermeister. Sûrement le concert qui a rassemblé le plus de spectateurs et c’est donc sans grosses attentes mais avec beaucoup de curiosité que j’aborde ce concert.
Hélas, je me rends compte que j’ai trop sous-estimé le côté blockbuster car je trouve ça vide et sans âme. Oui je sais, c'est cinglant.  La pyrotechnique avec les flammes est assez impressionnante mais ne m'émerveille pas plus que ça et surtout ça ne me fait pas sortir de mon ennui. C'est vraiment la sensation qui me traverse. J’ai l’impression de voir une vidéo sur écran géant, rien de plus. Tout est tellement rodé, calculé et les quelques speech de Nergal sont tout sauf naturels. On me dira que c'est normal car le groupe enchaîne les concerts, que c'est carré, etc mais c'est mon ressenti. Même le final “O Father O Satan O Sun!” qui m'impressionne tellement en vidéo me laisse ici totalement impassible. Pourtant, il ne se passe rien de ridicule ou d'affligeant sur scène mais j'ai besoin de ressentir plus d'authenticité en live. Pas d'un super show pour divertir toute la famille. C'est aussi pour ça que je n'ai jamais voulu voir plein de "gros noms". Behemoth est une machine bien huilée mais tout sonne faux à mes yeux et je sais donc à quoi m'en tenir à l'avenir...
 

Florent : Behemoth aujourd'hui, c'est évidemment loin d'être le combo black/death des débuts, dangereux, occulte, ravageur. Nergal fait partie du gratin de la scène metal, est une vraie star en Pologne, The Satanist a fait prendre une autre ampleur au groupe qui est désormais une tête d'affiche tout à fait crédible dans les plus grands festivals d'Europe. Bref : une machine. Le problème, c'est que depuis 2014 et la sortie de The Satanist (dont je reste assez fan), les shows de Behemoth ont une sacrée tendance à tous se ressembler et que je sais à quoi m'attendre en allant voir ce quatrième concert du groupe pour moi.

Bingo : rien de neuf sous le soleil sombre (pas noir, hein...) de Nergal et ses compères, qui continuent de favoriser le petit dernier dans leurs setlists et de saupoudrer cette déjà vieille recette de quelques tubes des albums précédents. Comme ce classique début sur Ov Fire & the Void, imparable et servi par une des plus solides pyrotechnies de la semaine. Première constatation : je n'ai jamais vu Nergal autant en voix, lui que j'ai trouvé un peu faiblard (et c'est bien naturel) dans les années ayant suivi sa rémission. Moins soutenu qu'à l'accoutumée par son colossal bassiste Orion, il reste ce leader charismatique dans la main duquel mange le public, qui reprend en choeur Ora Pro Nobis Lucifer (« for thine is the kingdom & the glory forever ! »). Behemoth a changé : c'est désormais un groupe de « hits », capable de taper fort (Decade of Therion, Slaves Shall Serve) mais dont ce n'est plus le but premier. De hits et d'ambiances, dont est rempli le nouveau titre God = Dog issu du prochain album - au nom encore plus ridicule- I Loved You At Your Darkest. Un excellent morceau, qui synthétise une évolution musicale rappelant parfois celle de Gojira sur le fond.

Il faudra tout de même un sacré renouvellement de setlist l'année prochaine pour éviter que le serpent se morde la queue (Messe Noire, Conquer All, At the Left Hand ov God, on a donné, non?), tout comme quelques nouveautés en termes de show et de discours. Behemoth a conquis les lauriers du metal extrême et il était grand temps qu'un nouvel album arrive pour les empêcher de se reposer dessus trop longtemps. La force de frappe des Polonais est encore bien là (et le tout sonne même plus puissant qu'il y a deux ou trois ans), le final sur Chant for Eschaton (et O Father O Satan O Sun, dont je commence à me lasser alors que je trouve ce titre génial) le prouve... mais il va falloir réapprendre à cogner sous la ceinture.

 

Carpathian Forest
Metalshop
00:20

Nostalmaniac : Au contraire de Behemoth, j’ai beaucoup écouté Carpathian Forest plus jeune (« Morbid Fascination of Death » reste l’un de mes albums Black Metal fétiches). Carpathian Forest a toujours été un groupe un peu à part dans la scène norvégienne contrastant avec la majestuosité d’un Emperor, par exemple. Plus rock’n’roll dans l’esprit aussi et crasseux visuellement. Ce côté crasseux est resté et je crois que beaucoup de gens ont en tête ce fameux live hautement burlesque baptisé « We're Going to Hollywood for This - Live Perversions » et sorti en DVD en 2004. Sombre et décadent à souhait… Comme dernier crachat acide, l'album « Fuck You All!!!! Caput tuum in ano est » sortira en 2006 avant un long break.
Depuis, le groupe a bien changé. Il ne reste plus que Nattefrost qui a reconstruit un nouveau lineup l’an dernier dans lequel on retrouve notamment le guitariste Malphas (Endezzma, ex-Vulture Lord) et le batteur Audun (Magister Templi,Svarttjern). Ce que vaut ce nouveau line up en live était la grande énigme mais je ne m’attendais pas  du tout à ce qui allait se passer ce soir. Déjà, la grande surprise c’est le chant super aigu de Nattefrost que je trouve d’abord super audacieux et au fur et à mesure du concert assez bien adéquat. Ca apporte comme quelque chose de plus atypique dans leur son volontairement dégueulasse. Outre cette surprise, la setlist est monstrueuse, piochant essentiellement dans les débuts du groupe norvégien avec "When Thousand Moons Have Circled" et “Carpathian Forest” tous les deux issus de leur premier EP datant de 1995 ! Ceux qui s’attendaient à un show Black Metal cérémoniel auront de quoi être surpris, les morceaux sont joués plus rapidement avec un feeling plus punk et rock'n'roll. La facette la plus décadente de Carpathian Forest explose à la face du public ce soir, d'autant plus que Nattefrost a l’air bien ivre et que dès qu’il essaye de communiquer avec le public c’est assez drôle tant c'est maladroit. Il n’aura cesse de répéter qu’ils viennent de Norvège et qu’ils jouent du rock’n’roll. Il me fera rire aussi quand il pointera du doigt des gens du public en disant "Czech", "Czech", "Czech". Nattefrost n'est pas habitué aux grosses scènes et ça se voit. A côté de ça, ses musciens assurent et c'est là l'essentiel.  Une autre bonne surprise que j’attendais néanmoins, c’est la reprise du “A Forest” de The Cure dont l'interprétation est plus sale et irrespectueuse que jamais mais ça fonctionne tellement bien. En fait, Carpathian Forest c’est le concert punk/speed/black metal inattendu du festival. Encore plus punk quand résonne la reprise de Turbonegro (“All My Friends are Dead”) et son refrain repris en choeur par un public que j’imagine partagé mais amusé. C’est franchement ce dont j’avais besoin après le blockbuster Behemoth, un concert plein de spontanéité et de surprise. Une prestation aussi perchée qu'inattendue et je ne fus pas déçu un seul instant. Le set va se terminer sur un "The Suicide Song" d'anthologie. Scandaleux et horrible ? Sûrement, et j'en redemande!
 


Malokarpatan
Metalgate
01:50

Nostalmaniac : Difficile enchaînement après le rouleau compresseur Dead Congregation que je quitte malheureusement prématurément pour le set de Malokarpatan que j'attendais avec impatience. Ah, Malokarpatan! Le groupe slovaque a fait sensation avec son dernier album, « Nordkarpatenland », qui est une ode sincère à l’esprit du proto-Black Metal en y ajoutant une dose de folklore de l’Est qui fait tout son charme. Une sorte de groupe de vieux hardos perdu dans le temps et l'espace. Un succès tout à fait mérité (bien que relatif) qui leur a néanmoins fait perdre leur vocaliste/guitariste Temnohor, apparemment lassé des concerts. C’est donc un petit remaniement qui s’est opéré avec la venue du guitariste Aldaron (Algor) et HV qui délaisse donc sa guitare pour reprendre le poste de vocaliste. Je n’avais jamais vu Malokarpatan auparavant donc difficile de sentir la différence mais on sent HV un peu plus fébrile, quoi qu’aussi alcoolisé que son prédécesseur. Il est tard et Malokarpatan va réussir à installer sous la Metalgate une ambiance Heavy/Thrash 80's occulte de l’Est même si je remarque le magnifique t-shirt Sortilège arboré par le bassiste moustachu Peter. Vous ne m'en voudrez pas de passer mon tour pour retaper les noms à rallonge des morceaux de « Nordkarpatenland » mais ce que je peux dire c'est qu'avec les nombreux extraits joués on retrouve vraiment l'atmosphère unique de l'album (qui me rappelle de par son ambiance magique et occulte des chefs d'oeuvre comme le « All the Witches Dance » de Mortuary Drape). Tout comme les nombreux passages Maideniens à la sauce slovaque. On peut être aussi propre techniquement que possible (ce qui n'était pas le cas avouons le), un concert se juge aussi par l'ambiance qui y règne et c'est vraiment réussi pour le coup. 
A l'issu du concert, HV, qui se défend bien comme nouveau frontman, fait profiter les premiers rangs de son vin artisanal (ignoble à en croire l'ami Florent) et le reste du groupe profite des nombreuses congratulations d'un public visiblement conquis. Comment ne pas l'être ? J'espère qu'une tournée pourra les amener en France et en Belgique très prochainement

 

Cette troisième journée fut particulièrement intense mais ce qui fait plaisir, c'est que malgré les températures qui baissent après quelques jours caniculaires, le temps reste sec. Et croyez-moi, un Brutal Assault au sec c'est du grand luxe. Hormis cet aspect-là je suis impressionné, plus que l'an dernier, par la qualité du son sur la plupart des scènes. Surtout à la Metalgate, ce qui n'était pas toujours le cas l'an dernier. On notera aussi que l'orga a été efficace en replacant Grave Pleasures dans le programme après le concert avorté de la veille. Ce sera la même chose pour le set ambiant d'Obscure Sphynx qui tombait hélas mal dans le running order du jour. Le Brutal Assault est tellement intense qu'il passe très vite et on vous parlera donc déjà demain du dernier jour avec Plini, Integrity, Origin, Unleashed, Messiah, Nocturnus AD, Wardruna, Perturbator mais aussi Arkhon Infaustus Goblin, Abysmal Grief et Aura Noir.

 

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Crédits :
Textes par l'équipe Horns Up.
Photos :  Tomáš Rozkovec