Chronique Retour

Album

09/12/14 - U-Zine

Deadlock

Manifesto

LabelLifeforce Records
styleMetalcore
formatAlbum
paysAllemagne
sortienovembre 2008
La note de
U-Zine
7/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Plusieurs éditions différentes : box, vynil, digipack, et l'inévitable boîtier cristal, des pochettes différentes, un concert spécial pour la sortie du disque, on sent dans la promotion que ce nouvel album de Deadlock ne passera pas inaperçu. Lifeforce Records a essayé de faire les choses aussi bien que possible pour mettre en avant le quatrième album officiel du groupe (j'exclus les splits et autres mini cds). Évidemment, autant de battage autour d'un groupe ça attire l'attention, mais pourquoi eux ? Bon en regardant l'artwork, on ne sent pas franchement une grosse inspiration, le dessin est loin d'être vraiment beau, cette main qui sort d'une montagne en fourrure... je ne commenterai pas l'édition limitée qui est encore pire. Premier constat, peu positif, au moins on sait que le rouleau que brandit la main à un rapport avec le titre : Manifesto. L'édition promotionnelle que j'ai eu entre les mains et les recherches faites sur le net ne m'ont pas permises d'accéder au contenu de ce manifeste. Tout juste ai-je appris que Deadlock possède une éthique particulière et se définit comme « vegan straight edge », vegan voulant dire végétalien, une tendance bien plus développée outre-Rhin que chez nous. Ceci explique les paroles de certains titres qui semblent avoir un rapport avec l'industrie de la viande (Slaughter's Palace / Deathrace) et la chasse en tout genre.

Mais ces considérations culinaires ne répondent pas à la question : pourquoi autant d'attention ? Au vu des vidéos promo de l'album, on peut s'inquiéter tellement elles sont mauvaises et l'humour potache du groupe ne fait pas mouche. Et bien il ne me reste plus que la musique alors. Onze titres dont une reprise pour finir l'album : Temple of Love des Sisters of Mercy, qui à mon avis est un peu surjouée, surtout avec les voix doublées et un peu forcées de Sabine. On trouve aussi deux chansons de transition / introduction : l'éponyme qui fait penser à un titre de Black métal symphonique sans guitares et le premier titre (à rallonge) : The Moribund Choir vs. The Trumpets Of Armageddon et là on comprend, tout s'éclaire. Si Deadlock s'attire l'attention du public et de son label, c'est qu'ils recherchent ce petit truc en plus qui va faire mouche : cette chanson n'a rien de métal, mais a de vraies rythmiques techno, et est composée d'électronique, ce qui prend l'auditeur par surprise. On se demande si on a mis le bon cd dans le lecteur. Mais le groupe de ne fait pas l'erreur d'en faire trop, et enchaîne de manière très fluide avec le premier titre Martyr To Science, où les guitares et le gros son reprennent le dessus.

Et là, on va monter en puissance, le sextet va articuler ses morceaux sur deux points : le côté rude avec la voix de Johannes, assez basse mais avec quelques cris deathcore (Dying Breed) et un écrin plus doux autour de la voix de Sabine, dont les tonalités sont assez policées, et il me semble que ses performances ne montent jamais trop haut ou ne vont jamais trop loin, ce qui confine son rôle à un champ d'action trop limité à mon goût car elle montre dans Seal Slayer qu'elle pourrait vraiment mieux faire.
On ne niera pas que Deadlock a un certain talent pour la composition, ils entraînent l'auditeur dans un labyrinthe sur certain titres : dans Slaughter's Palace, on passe de gros riffs core bien entraînants, voire bien bourrins à un passage tout en coton, en douceur, chanté par Sabine bien sûr, et là on enchaîne avec des soli de fous avec une rythmiques réglée au millimètre, puis tout s'arrête pour une fin en arpèges. Ouf, il faut avoir l'oreille bien accrochée surtout que l'on n'est pas au bout de nos surprises.

Une fois que nous nous sommes installés, un deuxième interlude survient à la fin de Deathrace. Le morceau s'arrête et reprend avec du chant rap. On sent que ce n'est pas du vieux rap moisi, les voix ont été choisies avec soin, et on sent l'influence américaine, avec l'accent et la diction soignée. Alors certes, ça choque, puisque jusqu'alors on s'était habitué à la musique assez moderne et lisse des Allemands. Ce morceau démontre en quelque sorte ce que les deux styles peuvent faire à partir d'un même sample (celui qui finit le morceau précédent).
Dernière surprise, le solo de saxophone sur Fire at Will, là encore on est sur le cul. Il tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, surtout qu'il ne revient pas vraiment ailleurs. Nous passerons sur ce détail qui tient de l'artifice.

Par ailleurs, vous avez bien lu j'ai dit « lisse » pour qualifier leur musique. Après avoir encensé la qualité de la compo, je me lâche en disant qu'elle ne comporte que peu de surprises. Car si on se penche de plus près, on arrive à la conclusion que Deadlock s'en sort avec de gros coups de poker (le rap et l'intro), mais que pour le reste, ils marchent sur les traces des groupes existants. La voix de Sabine n'est qu'une variation de ce que des groupes comme Sonic Syndicate ou Scar Symmetry font avec leurs voix claires, et même si elle a un superbe timbre, cela n'a rien de révolutionnaire.
Non, franchement, on prend son pied en écoutant cet album, mais on s'attend à beaucoup de choses : qui ne pourrait pas se douter du début de Fire at Will ou de son jumeau Seal Slayer avant même qu'ils ne démarrent ? Heureusement, ils ont le sens du bon riff, qui donne envie de secouer la tête et que leurs guitaristes sont vraiment doués (encore une caractéristique du genre), cela fait passer la pilule plus facilement. On ne parlera pas du batteur qui est tout bonnement hallucinant de précision, et qui complète parfaitement la section technique du groupe, et qui me fait dire qu'ils travaillent vraiment en complémentarité.

Et c'est que qui m'amènera à ma conclusion, car je me suis posé la question, comment un groupe avec autant de talent individuel nous amène à un album qui sonne autant déjà entendu ? Ils ont à leur avantage une certaine honnêteté dans leur démarche autant musicale qu'éthique car ils sont peu nombreux les groupes qui ont su résister onze ans et maintenir une progression constante, alors on peut espérer qu'avec Manifesto, Deadlock atteindra les sommets qu'il convoite depuis si longtemps. Même si ce n'est pour ne pas y rester longtemps.

01. The Moribund Choir vs. The Trumpets Of Armageddon
02. Martyr To Science
03. Slaughter's Palace
04. The Brave / Agony Applause
05. Deathrace
06. Fire At Will
07. Seal Slayer
08. Manifesto
09. Dying Breed
10. Altruism
11. Temple Of Love

Les autres chroniques

Album

févr. 2011 U-Zine

Deadlock

Mondo Bizarro