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Album

09/12/14 - U-Zine

Orakle

Tourments & Perdition

LabelHoly Records
styleBlack Metal Atmosphérique
sortiemai 2008
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

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Fort d’un premier album de qualité, « Uni Aux Cimes » et d’une signature chez Holy Records, Orakle, groupe ambitieux voguant selon les critiques sur un océan commun avec Emperor et Arcturus, est de retour en 2008 avec l’album qui doit être au minimum une confirmation : « Tourments & Perdition ».
Tout d’abord, une première chose frappe : la pochette de l’album, conçue en interne avec Laure Chaudoreille, est la parfaite illustration de son titre : l’idée des tourments est suggérée par les couleurs chaudes, les traits vifs jaunes et marrons et les superpositions de couleurs tandis que le sentiment de perdition est amené par le flou et l’impression qu’un bateau est en train de sombrer sous des éléments déchaînés. Je trouve néanmoins l’ajout de la frise à gauche inutile, enfin, c’est juste mon avis.
L’intérieur du livret est un bel exemple à suivre de clarté, de lisibilité, de sérieux et de sobriété.

La musique complexe d’Orakle, qu’on se le dise, nécessite d’attentives écoutes et aucun relâchement. Un paramètre de l’étude est tout de même simplifié pour l’auditeur français : Orakle fait l’usage de cette charmante langue de Molière pour s’exprimer, une spécificité pas mal présente dans le black metal français, mais qu’il faut souligner pour un groupe ambitieux vers l'étranger. On peut ainsi d’autant plus apprécier la portée philosophique des textes que veut nous conseiller l’Orakle.
Sept pistes et une durée totale de quasiment 49 minutes. Faites le calcul qui en découle et ensuite, après avoir écouté l’album, demandez-vous si à un moment vous avez décroché et s’il est passé vite ou s’il vous a paru longuet. C’est une première étape d’évaluation, outre l’aspect musical qui en découle. Pour moi, le test passe avec mention « excellent ». Cet album marque et donne envie d’être réécouté d’innombrables fois.
Musicalement, Orakle est subtil, nous proposant des morceaux « déroutés, déroutants » aux multiples genres, allant du planant au « tumulte organisé ». Le morceau « Dépossédés – Le Miroir Sans Tain » en est la parfaite illustration, et c’est pour moi LE titre de l’album. Tout y est parfait, avec une intro où l’on flotte, magnifiée par des sons ambiants derrière, puis une accélération progressive allant jusqu’au déchaînement ultime. « La Splendeur De Nos Pas » est construite à peu près de la même manière, à part son début très énergique et dansant, mais je la trouve moins réussie (je n’ai pas dit qu’elle était ratée).
Tourments & Perdition est parfaitement cohérent, dans le sens où chaque morceau est placé à son juste endroit, et que les transitions sont très bien conçues.
Il faut souligner aussi l’application portée au premier morceau « Tourments » (non pas que les autres titres doivent être oubliés, loin de là). C’est le début idéal pour le genre.

Côté pouvoir exécutif maintenant, chaque membre du groupe y trouve son compte. La production de Fernando Pereira Lopes (Misanthrope) est soignée, très juste et permet à l’auditeur de parfaitement apprécier chaque instrument.
Les guitaristes, Amar Du, Eithenn (ex-Wargasm) et le maître d’oeuvre Achernar, sont précis et nous touchent à la fois dans leur jeu doux ou rageur. Les nombreuses harmoniques sont placées par ci par là très justement. La basse d’Achernar colle bien au reste, et ça, ça m’embête un peu, moi qui adore les bassistes « fugueurs ». Clevdh à la batterie fait un sans faute, rythmant les envolées furieuses d’Orakle et berçant ses passages rêveurs. Achernar, encore lui, s’est occupé de la partie clavier. Et je dois dire que c’est superbement composé dans la mesure où Tourments & Perdition ne renferme aucune, je dis aucune partie superflue au synthé, a contrario de ce qu'on en entend souvent dans le black sympho.
La partie vocale, assurée elle aussi par Achernar, est très travaillée : cet homme nous emmène, grâce à ses multiples voix (voix claire, criarde, murmurées, parlée, etc.. Et même un « Hou » profond à la Celtic Frost, comme je les aime, dans « La Splendeur de Nos Pas ») là où Orakle veut nous guider. Il n’y a rien à redire sur la voix, tout est judicieusement choisi. Il en va de même pour les back vocals. Enfin, Tourments & Perdition accueille un guest à la guitare sur le troisième morceau « Celui Qui Erre ». Il s’agit d’Olwe Telrunya (Artefact), qui vient poser sa partie en lead guitar (et solo bien réussi). Et là, on touche un point d’Orakle, un nerf dans une zone particulièrement sensible de son être : les solos de guitare. Je trouve que c’est ce qui manque, en plus des parties de basse qui se lâche un peu. L’éternelle comparaison avec Emperor fait un peu noircir la copie de nos français sur ce point. Pour moi, un solo (d’un instrument quelconque) doit être l’aboutissement ou ce qui nous transcende. Son absence peut en devenir une frustration.

Mais vous me direz, sont-ce là les seuls points négatifs de l’album ?
Oui, enfin presque, car si comme moi, on essaie d’éviter les parties atmosphériques, on a là un autre point dangereux. Je me dis toujours qu’un groupe prend toute sa valeur en concert. Composer une musique planante passe bien en CD, et est très évocatrice lorsque l’on en écoute une chez soi (la partie à 2 minutes 20 de l'ultime morceau "L'Imminence Du Terrible" est un bijou à écouter au casque). Mais sur scène, c’est une autre paire de manches et peu de groupes arrivent à les y sublimer. Bien souvent, le public peut tomber dans l’ennui, quand ce n’est pas l’indifférence. Reste qu’à ce jour, je n’ai jamais vu Orakle « pour de vrai ». Alors j’attends ce moment impatiemment pour savoir ce qu’il en ressort.
Tourments & Perdition est un très bon album d'une grande noirceur, qui doit venir renforcer la discographie de tous les amateurs de black sophistiqué. Vous aurez dans les mains une œuvre très travaillée, mûrement réfléchie, et des messages atypiques à travers ses textes intelligents. Je le trouve supérieur à leur précédent « Uni Aux Cimes » dans la mesure où je sens vraiment que le groupe parvient plus à se démarquer des références norvégiennes du genre. Souhaitons qu’Orakle devienne lui aussi une référence du genre, et pas uniquement en France.

1. Tourments
2. Les Mots De La Perte
3. Celui Qui Erre
4. Dépossédés (Le Miroir Sans Tain)
5. Vengeance Esthétique
6. La Splendeur De Nos Pas
7. L’Imminence Du Terrible