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vendredi 17 juillet 2015 - S.

Ragnard Rock Festival - Jour 1

Dans les prés - Simandre-sur-Suran

S.

Dévoué au Black Metal

Le Ragnard Rock est un tout nouveau projet de festival viking/metal se déroulant pendant 3 jours sur les terres de l’Ain, dans le cadre bucolique et rural de Simandre-sur-Suran, entre Bourg-en-Bresse et Oyonnax. Les premiers groupes avaient été dévoilés en janvier dernier. D’abord timidement avec notamment Arkona, qui passe trop souvent en France pour que ce soit un événement. Puis ce fut au tour d’Himinbjorg, c’est à ce moment-là que ma décision fut prise. Ensuite, plus les semaines s’écoulaient, plus les annonces dépassaient tout entendement pour une première édition : Wardruna, Primordial, God Seed, Enslaved, Skalmold et, cerise sur le gâteau, Nokturnal Mortum, rien que ça !
Voilà donc un festival qui ne manque pas d’ambition. Les lecteurs fidèles qui suivent Horns Up avaient pu lire mon entretien avec les organisateurs en avril dernier : http://www.hornsup.fr/a-7945/interviews/ragnard-rock-festival

Comme aucun plan du festival n’avait été transmis au public, j’ai essayé de reconstituer de mémoire les principales caractéristiques du site :

Les festivités ont lieu à l’écart des habitations, sur des prairies de fauche à deux pas du cours d’eau du Suran, lequel aura d’ailleurs été salvateur (et ludique !) pour bon nombre de personnes tant il a fait chaud. Le parking est disposé à environ 500 mètres de l’entrée et la première curiosité qui frappe, c’est ce scindement en deux entités de la zone de festival : dans la partie nord on trouve les ateliers vikings, les troupes de reconstitution et les points de restauration, puis, pour accéder à l’espace scénique au sud, il faut contourner un pré via un chemin qui assure la liaison entre les sites. Apparemment, le propriétaire du milieu n’avait pas souhaité louer sa parcelle ; au final, cela aura créé un énorme manque d’unité, c’est regrettable. Enfin, un point qui a visiblement été salué par les festivaliers, ce fut la proximité de l’espace camping, à deux pas des scènes, rapidement accessible et près de la rivière. Voilà pour ces quelques mots d’introduction, rentrons désormais au cœur de l’événement.

Vendredi 17 juillet 2015 – J1

M’y voilà enfin, dans les terres du Revermont, sous un soleil de plomb ! Un week-end où les rebondissements se révéleront légions et ça commence dès le démarrage. L’ouverture des portes est prévue pour 13 heures. Avec la ponctualité qui me caractérise, je suis sur place dans les temps, mais déjà une longue file s’amasse à l’entrée, avec un petit 37°C à l’ombre. Après environ une heure d’attente, le staff ouvre les grilles, sous les applaudissements du public. Quand arrive mon tour, on m’annonce que la presse doit se présenter à l’accès VIP, pour récupérer le pass’, de l’autre côté du site bien entendu. Déjà un bug dans le fléchage. Bon, rien de bien dramatique. Alors que le premier groupe devait démarrer à 13h20, rien ne se passe. Il aura fallu attendre 15h30 pour entendre le premier morceau, après un long moment de réglage des balances. Le festival peut commencer !

ECLYPSE

L’honneur revient donc aux nîmois d’Eclypse de déclencher les hostilités sur la scène Thor. Le sextuor a à peine trois ans d’existence et quelques titres au compteur qu’ils sont venus nous présenter cet après-midi. Ils produisent une sorte de folk/viking metal où le chant est partagé entre deux individus, masculin pour l’un, féminin pour l’autre. Si pour le premier ça passe, c’est moins le cas pour le second, puisque c’est sous la forme lyrique qu’il est distillé, façon Nightwish/Evanescence (critique blessante j’avoue). Déjà que ce type de chant ne me plaît guère dans le metal (euphémisme, en vrai il m’insupporte), mais en plus ici il est semi-faux, on accusera volontiers les retours. Niveau compositions, je dois reconnaître ne pas être vraiment emballé non plus. Le groupe doit encore s’aguerrir sur scène pour convaincre davantage.

 

Setlist (officielle) :
Intro (sample)
Over the Mountain
North
Ride to Victory
Ragnarok
Slice
Gutted Soul
Quest of Drinking


HYSTERIA

Alors que les savoyards d’Evohé devaient enchaîner sur la Odin, ils sont déprogrammés. La raison ? Juste que le groupe électrogène alimentant la scène a sauté à cause de la chaleur… La poisse ! Le temps d’aller en chercher un nouveau et remettre tout en place, c’est toute la programmation qui se voit chamboulée, seule la Thor devra assurer l’intérim, augmentant par ailleurs le retard déjà conséquent. Ce sont donc les lyonnais d’Hysteria qui poursuivent de 16h40 à 17h10. Pourtant régionaux de l’étape, c’est la première fois que j’entends leurs compos, c’est avec une oreille vierge d’a priori que je m’apprête à assister à leur set. On est loin de l’ambiance viking ; le quatuor nous délivre un gros Death Metal des familles, façon Immolation, rapide et lourd avec toutefois des passages plus mid-tempo et mélodiques. Manifestement il y a un problème de balances, à en croire le guitariste qui grimace régulièrement, bien que ces soucis ne soient pas perceptibles dans le rendu. Je ne suis pas un féru de Death certes, mais leur prestation a plutôt été convaincante.

 

Setlist (officielle) :
Intro
Suffering make me almighty
Heiress of disease
Succubus offering
Sadistic deviance
Ô father
The unhealthy signature

 

MERKFOLK

Après une heure interminable de réglages, c’est au tour des Polonais de Merkfolk de poursuivre. Ils me sont totalement inconnus, ce qui ne semble pas être le cas du public puisqu’une banderole à leur effigie a été déroulée dans l’assistance. A voir les instruments, on sent qu’un parfum folk va envahir les lieux, en témoignent l’accordéon et le violon. Les six individus vont, pendant environ quarante minutes, dévoiler une bonne partie de leur premier album sorti officiellement quelques jours plus tôt. Merkfolk est assurément une première bonne surprise de ce festival pour ce qui me concerne, leur musique entraînante et énergique me rappelle celle de Kalevala, c’est assez inspiré et varié. La chanteuse, pourtant gringalette, impose sa présence par sa voix gutturale et l’occupation de la scène, n’hésitant pas à communiquer avec le public. Un Folk Metal intéressant ne tombant pas dans les travers du pouet-pouet (ah, je n’aurai pas résisté longtemps à sortir cette expression, et ce n’est qu’un début). Le groupe offre même au public un rappel pour clôturer leur site qui en aura convaincu plus d’un !

 

Setlist (officielle) :
Intro
Nananana
Wita
Postrzyżyny
Weselisko
Wingstone
Swagry
Meadows and fields
Topielica (rappel)

 

BRAN BARR

Ah les amis de Bran Barr ! Je les avais découverts il y a un an et demi à l’Atelier des Môles de Montbéliard et j’avais plutôt bien apprécié. Je savais donc à quoi m’attendre. Comme prévu, les franciliens ont réalisé une belle prestation, quoiqu’écourtée avec à peine une demi-heure, avec leur Pagan Black Metal à forte connotation celtique, créée en partie par la présence d’un violon et ci et là de la flûte. Les morceaux délivrent beaucoup d’impact, avec un guitariste très en forme et talentueux dans ses solos. Tantôt leurs compositions font écho à cette vieille France ancestrale, authentique et traditionnelle, tantôt on a affaire à du Black Metal très guerrier. La mayonnaise prend relativement bien, le public en redemandera mais faute de temps, le groupe ne remontera pas.

 

Setlist (officielle) :
Celebration - Son of Nuadh Amhach
Rebirth - Morgan's Gift to Righ'Sidh Pride & Malevolence
Fury - Exile of the Orphan
Righ'beern

 

EVOHÉ

Alors que la Odin est toujours en rade, Evohé est reprogrammé sur la Thor dans un maigre créneau de libre. Les chambériens ne vont avoir que vingt minutes pour s’exprimer, c’est court, trop court, car enfin nous avons droit à du Black Metal pur et dur, mon style ô combien de prédilection. Riffs incisifs, voix écorchée et blasts sont au programme, que du bon. En plus c’est l’occasion pour eux de dévoiler quelques uns des titres de leur prochain album. Trois morceaux, ce n’est pas assez, le public râle lorsqu’ils sont obligés de stopper leur prestation pour qu’Arkona s’installe. Mag’, parmi les piliers des organisateurs, doit prendre le micro pour informer le public des soucis techniques auxquels ils font face. D’ailleurs, tout le monde a été témoin, elle a assuré qu’Evohé reviendra l’année prochaine pour effectuer une prestation en bonne et due forme, le rendez-vous est pris !

 

Setlist (officielle) :
Intro
Hall of the Slain
When the Winds Blow over the Aging skins
AllFather

 

ARKONA

Arkona fait partie des premières têtes d’affiche à avoir soutenu le festival en répondant par la positive. Ce n’est pas étonnant quand on connaît la fréquence de passage du groupe en terres françaises. J’avais eu l’occasion de les voir à Lyon au Pagan Fest de 2010 et les Russes m’avaient laissé une bonne impression. Oui mais voilà, cela fait bon nombre d’années que j’ai décroché, totalement désintéressé par leurs derniers albums, alors quand ils jouent leurs vieux titres comme « Slav'sja, Rus'! », ça me ranime cette étincelle d’antan. Pourtant, ce n’est qu’une affaire de goût, car sur scène on ne peut guère reprocher de choses à Arkona, Masha est toujours aussi hyperactive et les musiciens professionnels. Aidé par la fraîcheur de la nuit tombante, le public est quant à lui survolté, queue-leu-leu, wall of death etc, tout y passe. De mon côté je reste perplexe, attendant que ça se finisse et impatient de voir le prochain client !

 

Setlist (non validée) :
Yav
Goi, Rode, Goi!
Serbia
Zakliatie
Na Strazhe Novikh Let
Slav'sja, Rus'!
Pamiat
Stenka na Stenku
Yarilo

 

WARDRUNA

Si Arkona n’était pas un événement, Wardruna en est assurément un, et encore, le mot est faible. La scène Odin est enfin fonctionnelle, à peine le précédent concert terminé que les Norvégiens emboîtent le pas, sans temps mort. Le public se précipite pour être au plus près de la formation alors que résonnent les premières notes de Jara. L’atmosphère devient d’un coup solennelle, les troupes vikings ont pris place dans la fosse l’espace d’un morceau pour un accueil plein d’honneur et de respect. Pendant un peu plus d’une heure, le temps va s’arrêter, le public va faire preuve d’un silence témoignant du caractère hypnotique de la musique des Scandinaves, silence seulement trahi par les applaudissements nourris entre les morceaux. Comme annoncé, Gaahl n’officie plus au sein de Wardruna pour les concerts, ce qui ne va en rien atténuer la qualité de la prestation. Tout est bien dosé, le timbre d’Einar et de Lindy est juste, les balances bien équilibrées pour apprécier chacun des instruments traditionnels et surtout un gros travail sur les lumières a été réalisé : chaque morceau est baigné dans des lumières monochromes et finement dosées, afin de contribuer à cette ambiance intimiste de rituel. On a eu le droit à leurs plus bels hymnes tels que « Hagal » ou « Fehu », pour ne citer qu’eux. Un show envoûtant du début à la fin, c’est presque déboussolé, sans repère, que je me retrouve à l’issue du set. Wardruna, le groupe le plus viking du festival, n’a pas déçu.

 

Setlist (non validée, dans le désordre) :
Jara
Hagal
Bjarkan
Fehu
Løyndomsriss
Heimta Thurs
Laukr
Algir - Tognatale
Thurs
AnsuR
Helvegen

 

GOD SEED

Il faut encore poireauter 60 minutes pour le réglage des balances, surtout pour la batterie, le public commence gentiment à s’impatienter, mais sur les coups d’1 heure, Gorgor…euh, God Seed entre en scène ! Depuis le temps que je souhaitais voir Gaahl, le voici à quelques mètres de moi. Il fait clairement partie de ces grandes figures du Black Metal avec son charisme ravageur, quoique limite théâtral (« ……..Satan. » ). Avec un live et un album studio seulement en guise de discographie, les Norvégiens n’en sont pas moins rompus à la scène, laquelle n’a aucun secret pour eux. Et ça démarre fort avec ces riffs de génie et ce « There is a god in man, and in nature », le fameux « Sign of an open eye », titre hérité du passé, ô combien bon, me laissant en état de transe dans la fosse, d’entrée de jeu. S’ensuit une flopée de titres tantôt estampillés God Seed, tantôt Gorgoroth, pour moi il n’y a guère de différence. Gaahl affiche une prestance inégalée sur les planches de la Odin, un style inimitable avec ses gestes lents, son regard déterminé, ses signes du diable et une antipathie à toute épreuve qui tranche avec son compère Sir, ne tenant pas en place avec sa guitare. A eux deux ils assurent le spectacle, chacun dans leur registre. Deuxième moment de jubilation pour ma part lorsqu’ils interprètent « Prosperity and beauty », parmi les meilleurs de leur répertoire. Sans présenter un show parfait (j’ai trouvé le son un peu brouillon), les scandinaves ont fait le job.

 

Setlist (officielle) :
Sign of an Open Eye
Awake
Aldrande Tre
Carving a Giant
From the Running of Blood
Lit
Exit - Through Carved Stones
Wound Upon Wound
Alt Liv
Prosperity and Beauty
This From the Past

 

DIN BRAD

Mais où est Din Brad ? Nul ne le sait. Des bruits ont circulé dans la journée comme quoi les Roumains n’arriveraient pas aujourd’hui comme il était prévu, ils seront reprogrammés soit samedi, soit dimanche.

 

C’est donc sur God Seed que s’achève cette première journée du Ragnard Rock. Une scène principale hors service pendant de longues heures, de gros retards, des running-orders bouleversés, le tout couronné d’une chaleur étouffante, l’entrée en matière fut laborieuse mais la qualité des prestations a globalement été au rendez-vous. Wardruna a pour ma part écrasé toute concurrence aujourd’hui.


En bon misanthrope, je quitte les lieux pour me trouver un coin isolé du monde, un bivouac en lisière de forêt à quelques kilomètres de là, afin de se ressourcer car la deuxième journée est censée attaquer à 10 heures…


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