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Livre

22 mars 2018 - Pamalach

Nicolas Bénard

Homo Metallicus

LabelCamion Blanc
styleLivre
formatAlbum
paysFrance
sortiedécembre 2017
La note de
Pamalach
7/10


Pamalach

"Les vrais savent, les vrais font".

Cela fait quelques années que le Metal entre à pas feutrés dans une nouvelle ère. En effet, la réalité cruelle de nos misérables vies pousse inexorablement chacun d'entre nous vers le gouffre... et les grands noms de notre musique chérie, aussi déifiés et canonisés qu'ils soient n'échappent pas à la règle. Quel avenir sans les locomotives Black Sabbath et Motörhead ? Comment s'envisagera la suite de l'histoire sans les piliers des 80's et des 90's ?
De nombreux observateurs se posent la question depuis des années. Certains semblent s'en moquer en argumentant que quoi qu'il se passe, le Metal survivra à l'extinction des dinosaures et que la scène demeurera toujours vivace mais plus réduite. D'autres prédisent une évolution similaire au Jazz avec à l'horizon un public de plus en plus élitiste et clairsemé croyant au détour de chaque nouveau groupe avoir trouvé le sauveur qui ressuscitera toute la sève et la fougue des vertes années. Nous n'en sommes pas encore tout à fait là et force est de constater que l'évolution entre les légendes des années 80 et la réalité actuelle s'est faite de manière graduelle. Et c'est cette évolution que se propose d'étudier Nicolas Bénard, docteur en Histoire et chercheur associé auprès de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines dans "Homo Metallicus". Sujet très intéressant qui s'appuie sur de nombreux éléments que l'on a pu voir émerger dans la presse spécialisée, le cinéma et les Homes Videos puis avec la télé réalité et les réseaux sociaux.

Une partie de l'iconographie d'un Lemmy Kilmister ou d'un Ozzy Osbourne s'est en partie construite sur l'image qu'en véhiculaient les médias... et évidemment une poignée d'anecdotes incroyables, tellement folles qu'elles en sont presque difficile à croire. Affichant parfois une relation complexe avec la presse, les artistes ont pour autant toujours profité de ce qui pouvait être écrit sur eux, la publicité, même mauvaise, continuant à entretenir l'actualité des groupes. Souvent, Ozzy Osbourne fut décrit comme un drogué alcoolique aux comportements de fou furieux et au caractère imprévisible. Alimentée par des anecdotes parfois aussi loufoques que dramatiques, sa vie prenait alors une tournure extraordinaire laissant difficilement entrevoir une vie au quotidien coincée entre les courses et le ménage. L'image collait aussi avec la représentation que souhaitait s'en faire le public à la fois pour ceux qui lui portaient un véritable culte et ceux qui le détestaient. Et pourtant, comme on a pu le lire dans ses autobiographies, Monsieur Osbourne a depuis un moment une vie bien pépère où la routine et les programmes d'History Channel tiennent une place prépondérante. Mais bon, ça ce n'est pas vraiment un scoop, et la mort de plusieurs stars n'a pas été le déclic qui a fait prendre conscience au public que les groupes n'étaient pas immortels.

Ce qui est apparu de nouveau avec le temps qui passe c'est que le Metal à continué en même temps que la société contemporaine à coller à ses réalités et que, que cela ne plaise ou non, il est entré dans une ère nouvelle où les codes sont radicalement différents que dans les 80's. Nicolas Bénard se propose donc sur les 258 pages que font ce livre de revenir sur toutes ces dimensions en les explorant à travers trois chapitres : Du héros mythique à l'Homo Senex ; Le déclin d'une figure tutélaire, La nostalgie du Héros ; Stratégie de reconquête, Origines pratiques et comportements sociaux. Il en profite au passage pour déconstruire quelques idées reçues sur les représentations que l'on peut avoir des metalleux et de la "communauté".

Pour comprendre ces mécannismes, l'auteur s'est beaucoup documenté (principalement dans la presse spécialisée française) et a analysé de nombreux propos d'artistes aux profils très variés. On trouve autant du Jonhantan Davis que du Cannibal Corpse, du Saxon que du Dismember. Et plus on avance dans le livre plus on voit combien le discours des musiciens a évolué avec les années. L'apparation de nouveaux styles de Metal n'est, à mon avis, pas étranger à l'émergence de nouveaux discours et de nouvelles attitudes mais il est certain que le changement ne s'est pas fait de façon brutale, mais plus graduelle qu'on pourrait le croire. C'est en tout cas un des enseignements que je tire du livre. Si je fouille dans ma mémoire, il me semble que des changements ont commencé quand les musiciens ont commencé à apparaître hors du cadre dans lequel on les voyait habituellement. Un film comme "The Dream Deceiver" (au sujet du procès qui avait été intenté à Judas Priest) ou les home vidéos des stars ("Cliff'em All" puis "A Year and a Half in the Life of Metallica", "Roadkill" etc..) étaient autant de premiers pas que faisaient les combos vers toujours plus de témoignages en lien avec leur normalité réelle. Ce n'était pas toujours une démarche voulue, dans la mesure où certains se seraient bien passés par exemple d'être placardés en première page des journaux à scandales.

L'âge n'y est pas toujours étranger lui non plus (du James Hetfield guerrier du metal de "Cliff'emAll" on est arrivé au Papa de "Some Kind of Monster" qui assiste au cours de danse de sa fille) mais n'explique pas tout puisque certains musiciens de la nouvelle garde n'hésite à dévoiler tout et plus encore sur les réseaux sociaux. Ozzy et son chat dans "The Osbournes", Corey Taylor et sa thérapie intimiste dans "The Therapist", Steven Adler et son "Celibrity Rehad", a quel moment tout a commencé à vraiment partir en cacahouète ? Je me souviens des Cavalera ouvrant leur album de famille dans Hard Force, de Steve Harris qui recevait chez lui les journalistes et de bien d'autres moments de bravoure. Avec ce "Homo Metalicus" Nicolas Bénard vous amène dans tout cet univers passionnant et finalement assez peu traité, la lecture de cet ouvrage étant agréable du début jusqu'à la toute fin.

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